Ce ne sont que quelques mots, très balancés, extrêmement pesés, mais qui n’en marquent pas moins une claire réticence. Au Figaro qui lui demande, ce matin, si c’est une « bonne idée » que les Etats-Unis déploient leur système anti-missiles en Pologne et en République tchèque, Nicolas Sarkozy se garde bien de répondre que « oui », c’en est une. Il explique au contraire que, si ce bouclier n’est pas « militairement agressif » à l’égard de la Russie puisqu’il serait inefficient contre ses missiles, il l’est « peut-être politiquement » et qu’il « eut mieux valu une concertation européenne ». Le Président de la République ne veut pas entamer son mandat par une polémique avec Washington. Il ne veut pas non plus braquer les Polonais qui sont si tentés de bloquer tout compromis sur les institutions européennes. Il marche sur des œufs, se pose en sage, voire en arbitre, et ajoute : « M. Poutine a raison de nous dire qu’il faut comprendre le sentiment national russe mais (…) comprenons l’histoire de la Pologne, comprenons l’histoire de la République tchèque ». Autrement dit, en allant installer ce système en Europe centrale, les Etats-Unis signifient à la Russie qu’ils sont désormais chez eux là où elle fut chez elle, leur démarche contourne l’Union européenne et la place devant un fait accompli. Rien de tout cela n’est satisfaisant, ni pour l’Europe ni pour la Russie, mais on ne peut ignorer pour autant que toute leur histoire pousse Polonais et Tchèques à se méfier de Moscou et souhaiter des liens les plus étroits possibles avec Washington. En cinq lignes, tout est dit d’une situation qui vient compliquer aussi gravement qu’inutilement les relations internationales. Officiellement destiné à parer une attaque balistique iranienne, ce projet américain n’a pas de raison d’être puisque l’Iran n’est pas en situation de lancer une telle attaque contre l’Europe ou les Etats-Unis mais il est gros de deux dangers qui sont, eux, bien réels. Le premier est de raidir encore la Russie. C’est un risque à assumer quand il s’agit de critiquer la régression autoritaire de Vladimir Poutine ou ses ingérences dans les affaires intérieures de l’Ukraine ou de la Géorgie. Là, la fermeté est nécessaire mais il n’y a pas d’avantages, des inconvénients seulement, à aller gratuitement narguer la Russie en lui rappelant qu’elle n’est plus ce qu’elle a été et à lui laisser craindre, surtout, que le perfectionnement des systèmes anti-missiles américains puisse – un jour lointain mais un jour – venir frapper d’obsolescence sa puissance militaire. Le second danger de ce projet est qu’il pourrait fracturer l’Union entre ses anciens membres soucieux de trouver un équilibre avec la Russie et les nouveaux qui craignent toujours de pouvoir retomber sous la coupe de Moscou. Cette tension est latente. Elle est profonde et les Etats-Unis peuvent être assez intéressés à l’approfondir pour en avoir fait l’objectif de ce déploiement.

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