L’endettement des Etats et l’austérité qu’il induit remodèlent les échiquiers européens. De gauche ou de droite, les gouvernements en place en souffrent tous car tous se mettent aux économies. Nicolas Sarkozy bat des records d’impopularité tandis que les socialistes espagnols plongent dans les sondages. La coalition allemande bat de l’aile car la chancelière démocrate-chrétienne ne veut plus entendre parler des baisses d’impôts sur lesquelles elle s’était entendue avec ses alliés libéraux. Des dynamiques nouvelles se créent partout mais, cette semaine, c’est aux Pays-Bas et en Hongrie que les effets du délabrement des finances publiques sont les plus marquants et intrigants. Jusqu’il y a quelques semaines encore, la nouvelle extrême-droite néerlandaise était partie pour arriver en tête des législatives d’après-demain. Tout la portait car l’importance de l’immigration dans ce pays et la radicalisation politico-religieuse d’une frange des immigrés musulmans avaient suscité une réaction de rejet passionné dans ce pays qui fut, historiquement, le plus tolérant de tout le continent. Issu du parti libéral, un parti prônant l’arrêt de l’immigration musulmane caracolait dans les sondages grâce au ralliement d’une partie de l’électorat populaire, souvent venu de la gauche, de femmes effrayées à l’idée que l’islam néerlandais pourrait remettre en question l’égalité entre les sexes et d’homosexuels mobilisés par la crainte que les droits et l’acceptation qu’ils ont imposés de haute lutte depuis les années 60 puissent être, eux aussi, contestés. Il s’agissait, là, d’une convergence jamais vue, d’un fait politique nouveau qui favorisait une extrême-droite au nom de la défense de la tolérance et de la modernité mais la crise grecque, les inquiétudes sur l’Espagne et le Portugal et les soudaines interrogations sur la solidité de l’euro ont, brusquement, changé la donne. D’un coup, la crainte de l’endettement s’est substituée à celle de l’islam au premier rang des préoccupations de l’électorat et c’est tout le paysage politique néerlandais qui pourrait en être modifié. Si les sondages disent vrai, ce sont les libéraux qui devraient, maintenant, arriver en tête mercredi soir, suivis par la gauche travailliste. On en reviendrait, autrement dit, au vrai problème, l’économie, et aux deux pôles traditionnels de la politique européenne, une droite rigoriste et une gauche protectrice dont la remotée est d’autant plus notable que la première dit vouloir relever l’âge de la retraite de 65 ans à 67 et que la seconde oppose tranquillement à l’extrême-droite sa confiance dans l’intégration des immigrés. Le retournement de situation n’est pas moindre en Hongrie. Là-bas, une droite, libérale et nationaliste, vient de remporter une majorité écrasante aux dernières législatives en promettant des baisses d’impôts contre la rigueur des socialistes sortants. La Hongrie était partie pour laisser filer ses déficits mais les conséquences en auraient été si incertaines que, dans un total tête-à-queue, la nouvelle majorité a volontairement dramatisé la situation, décrivant le pays comme au bord de la banqueroute, que la bourse et la devise nationale s’en sont écroulées et que la Hongrie vogue pour une austérité contre laquelle les Hongrois avaient voté.

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