La bourse de Lima a dévissé hier de 12,5% et suspendu ses opérations avant l’heure de clôture. Cette dégringolade s’était accélérée au fur et à mesure que tombaient les résultats partiels de l’élection qui vient de porter à la présidence péruvienne un amérindien, Ollanta Humala, 48 ans, ancien militaire et nationaliste de gauche. Pour les plus fortunés de ce pays d’Amérique latine mais aussi pour la classe moyenne blanche de sa capitale, Lima, où ses concentre l’essentiel des richesses, cette élection est une catastrophe qui annoncerait le recul des libertés, l’étatisation de l’économie et la fuite des investisseurs étrangers. Autrefois proche du président vénézuélien, Hugo Chavez, qui confond l’exigence de justice sociale avec l’autoritarisme politique et la bureaucratisation de l’économie, Ollanta Humala a pu justifier ces craintes dans le passé mais il a beaucoup évolué aujourd’hui. « Le Pérou a changé et moi aussi j’ai changé », a-t-il martelé tout au long de sa campagne en expliquant qu’il s’identifiait désormais à l’autre gauche latino-américaine, non plus celle du tiers-mondisme issu des années soixante mais celle qu’incarne l’ancien président Lula, syndicaliste venu de l’extrême-gauche et qui a su faire du Brésil l’une des puissances émergentes de ce siècle. Le Pérou, c’est tout à la fois une croissance économique de près de 9% en 2010 et de 5% en moyenne sur la dernière décennie, un pays en plein boom et l’un des plus inégalitaires du monde dans lequel les Amérindiens majoritaires constituent les laissés-pour-compte d’une société où les frontières ethniques et sociales se confondent largement. La tension sociale y est d’autant plus grande que la croissance de ces dernières années tient essentiellement à l’exploitation, par des compagnies étrangères, des richesses minières de ce pays, premier producteur mondial d’argent, deuxième de cuivre et dont le sous-sol est également riche en or, en zinc et en étain. L’envolée du cours des métaux sur le marché mondial a refait un Eldorado du Pérou mais y a développé dans le même temps un ressentiment social et national dans parmi les Amérindiens qui n’en profitent guère et voient dans cette injustice une nouvelle spoliation perpétuant la violence de la conquête de l’Amérique latine par l’Espagne. Si présente au Pérou, l’histoire longue s’est mêlée dans cette campagne au rejet d’une réalité autrement plus contemporaine, celle du libéralisme et de la mondialisation économique qui ont tout à la fois permis aux compagnies minières d’imposer leur loi et à la demande chinoise en matières premières de brusquement changer toute la donne dans un pays qui fut ravagé jusque dans les années 90 par une guérilla d’inspiration maoïste. Divisé, amer, le Pérou avait besoin de réconcilier ses composantes en se donnant un président auquel les Amérindiens puissent s’identifier et c’est pour cela que beaucoup d’intellectuels et d’économistes de centre droit et de centre gauche s’étaient finalement ralliés à Ollanta Humala. Il devra maintenant concilier croissance et répartition des richesses, tenir ses promesses et se concilier l’argent : relever un redoutable défi.

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