Le débat n’est pas que français. Lundi dernier, vingt-quatre heures avant que Cécile Duflot ne se prononce pour la dépénalisation du cannabis, le gouverneur de l’Etat de New York, le démocrate Andrew Cuomo, a présenté un projet de réforme législative aux termes duquel la possession de 25 grammes ou moins de marijuana ne constituerait plus un délit mais une simple infraction passible d’une amende maximale de 100 dollars.

Ce projet a de bonnes chances d’être adopté car il a reçu le soutien du maire de New York, le républicain Michael Bloomberg, un élu particulièrement répressif, connu pour sa guerre contre le tabac et qui avait encouragé la police de sa ville à faire la chasse aux consommateurs de cannabis en multipliant les opérations de contrôle inopinées. Dites « stop and frisk », arrêter et fouiller, ces opérations avaient fini par susciter la colère des new-yorkais, choqués d’être tous traités en suspects et de voir, surtout, leur police occuper son temps à cela plutôt qu’aux vrais crimes, qui plus est sans résultats puisque la consommation n’en avait aucunement reculé.

Opposés sur à peu près tout, le maire et le gouverneur ont convergé là non pas parce qu’ils auraient considéré que le cannabis n’était pas nocif, pas même parce qu’il l’est moins que l’alcool, l’héroïne, la cocaïne et le tabac, mais parce que la répression n’arrête pas sa diffusion, pas plus aux Etats-Unis qu’en France, et qu’elle coûte très inutilement cher aux contribuables.

Le raisonnement est pragmatique, rien de plus, ni moral ni politique. Il n’oppose pas des laxistes à des répressifs mais des législations à leurs résultats au vu desquels quatre pays européens, les Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, ont dépénalisé la consommation de cannabis sans qu’elle ne s’accroisse. En France comme ailleurs, le débat ne fait que commencer mais il en cache un autre, autrement plus difficile, qui portera un jour sur la légalisation, vente en circuit légal, de toutes les drogues, y compris des drogues dures.

A priori tout s’y oppose évidemment puisqu’on voit mal des Etats mettre en vente des produits créant une dépendance et pouvant mener à la mort. Il y aurait là quelque chose de tout simplement impensable, voire criminel, sauf… Sauf que les drogues dures, parce qu’elles rapportent d’énormes fortunes à ceux qui en font le trafic, ont créée de puissantes mafias internationales qui constituent aujourd’hui des Etats dans l’Etat dans les pays producteurs et se rient de la répression car elles ont les moyens de tuer impunément et, surtout, de corrompre à grande échelle. Non seulement le trafic de drogue est devenu une criminalité tentaculaire mais il finance, de surcroît, des réseaux extrémistes de l’Asie du sud-ouest à l’Amérique latine en passant par le Sahel.

Il y a désormais collusion entre les réseaux terroristes et les trafiquants de drogue. Un problème géopolitique majeur s’ajoute à l’ampleur du problème criminel et l’impuissance de la répression étant avérée, la question de la légalisation, seul moyen de ruiner et éliminer les trafiquants, finira immanquablement par se poser. Ce jour-là, le débat sur la dépénalisation du cannabis apparaitra bien simple et secondaire.

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