Où l'on voit que le Royaume-Uni, quel que soit le résultat de ses élections, ne l'est plus guère aujourd'hui.

Le leader britannique du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, arrive à un bureau de vote pour voter dans le nord de Londres le 8 juin 2017
Le leader britannique du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, arrive à un bureau de vote pour voter dans le nord de Londres le 8 juin 2017 © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS

Rien ne serait plus risqué qu’un pronostic. Les instituts de sondage britanniques se sont si souvent trompés qu’on ne sait tout simplement pas ce que donneront ces législatives anticipées auxquelles la Grande-Bretagne est appelée demain.

Une grande incertitude

La seule certitude est que, partis très loin des conservateurs et alors unanimement donnés perdants, les Travaillistes ont remonté la pente et n’accusent plus aujourd’hui qu’un faible retard qu’ils pourraient donc, au conditionnel, peut-être, combler dans les urnes. On verra.

On le saura sous quarante-huit heures mais, quels que soient les résultats, maintien ou non de la majorité conservatrice, le Royaume-Uni est et devrait longtemps rester dans un grand désarroi tenant à quatre raisons.

1e raison : la multiplication des attentats

La plus récente est la multiplication des attentats djihadistes sur son sol, trois en trois mois.

Les Britanniques ont du sang-froid et l’ont montré mais trop, c’est trop et, outre la mise en question d’un modèle communautariste dont ils étaient si fiers, ils en viennent à reprocher aux conservateurs et d’abord à Theresa May, leur Première ministre et ancienne ministre de l’Intérieur, d’avoir opéré des coupes claires dans les effectifs de police au nom de la rigueur budgétaire.

2e raison : rejet de la réduction des dépenses publiques

Jeremy Corbyn, le leader travailliste ne cesse de le rappeler depuis samedi. Sa charge porte car elle n’est pas infondée et, plus généralement, on sent monter dans l’opinion un rejet de la réduction des dépenses publiques et donc des conservateurs qui en sont les auteurs.

C’est la deuxième raison du flottement de l’opinion et du succès remporté par la campagne de Jeremy Corbyn qui s’en est tout particulièrement pris à l’état de délabrement du système de santé britannique. Là encore, ses charges ont porté et cela d’autant plus que la Première ministre avait suscité une levée de boucliers en proposant que les patients ayant des biens aient à contribuer, sur eux, au coût de leurs soins.

Mme May a dû reculer mais les Britanniques se demandent désormais si leur protection sociale sera pérenne et si ce n’est pas vers le modèle ou le contre modèle américain qu’ils voguent aujourd’hui.

3e raison : le Brexit

Il y ensuite le Brexit, plus que jamais le Brexit, car même ses partisans ont finalement réalisé qu’ils ne pourraient pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Si les Britanniques veulent continuer à avoir accès au marché unique après avoir quitté l’Union, ils devront accepter, à la fois, des règles communes sur lesquelles ils n’auront plus voix au chapitre et le maintien du principe de libre circulation, de la liberté d’installation sur leur territoire des ressortissants européens.

Le Brexit n’est pas la clé de tout et les brexiters sont maintenant divisés entre ceux qui souhaitent un compromis avec l’Union et ceux qui s’y refusent à l’avance, comme le fait Mme May.

4e raison : les Ecossais

On sent un trouble dans l’opinion, d’autant plus grand que les Ecossais menacent de déclarer leur indépendance en cas de Brexit dur.

Même si Theresa May conserve une majorité demain, et ce n’est nullement exclu, le Royaume-Uni est à la veille de difficiles débats et de grandes divisions.

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