L'édition 2018 du G7 pourrait bien marquer la rupture entre les Etats-Unis et leurs alliés d'après-guerre

Même lorsqu’il y avait des désaccords, on les noyait dans un sourire unanime. Etats-Unis et Canada pour l’Amérique, Japon pour l’Asie, France, Allemagne, Italie et Royaume-Unis pour l’Europe, le G7 est tant, par excellence, le club des plus riches des puissances occidentales qu’il était jusqu’à présent inconcevable qu’elles n’y fassent pas front commun chaque année mais là, non.

         A Charlevoix demain, au Québec, les discussions seront «  franches » et « parfois difficiles » comme le disait hier Justin Trudeau, le Premier ministre canadien. Ce sera, autrement dit, un tel pugilat entre les Etats-Unis et l’ensemble de leurs alliés qu’il n’est pas même certain que ce G7 s’achève samedi sur un communiqué commun. 

Les Allemands ont dit en douter. Après une très difficile conversation téléphonique entre Donald Trump et Emmanuel Macron, les Français « ne savent pas » - ce qui est une manière de dire la même chose. La Grande-Bretagne n’est pas moins remontée contre le président américain. La nouvelle coalition italienne ne cache pas qu’elle aimerait se rapprocher de la Russie et il n’y a, au fond, que le Japon pour arrondir les angles car il ne veut pas trop froisser Donald Trump de peur qu’il ne tienne pas compte des intérêts nippons dans ses discussions de mardi prochain avec le leader nord-coréen. 

Alors oui, demain, au Québec, ce sera du jamais vu, la division du camp occidental par l’unilatéralisme des Etats-Unis dans l’affaire iranienne, l’imposition de droits de douane sur les importations européennes ou canadiennes, l’accord de Paris dont Donald Trump s’est retiré ou encore le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. 

Il n’y a pas aujourd’hui un grand sujet sur lequel les Etats-Unis et leurs alliés convergent réellement et même si les diplomates finissaient par accoucher d’un communiqué faussement commun, cette édition 2018 du G7 pourrait bien rester dans l’Histoire comme le moment où Washington aura dit à ses plus proches alliés de l’après-guerre qu’ils pouvaient se débrouiller seuls car c’était désormais « America first », l’Amérique d’abord. 

Or attention ! L’erreur à ne pas faire serait de considérer que cela tient à Donald Trump alors que ce tournant remonte au second mandat de Georges Bush, que Barack Obama l’avait amplement confirmé et que l’actuel président des Etats-Unis ne fait que l’accentuer, vulgarité en plus. Les Etats-Unis ne veulent plus être les gendarmes du monde. Ils ne veulent plus que défendre ce qu’ils conçoivent comme leurs propres intérêts et, pour l’Europe, la conclusion est claire : elle ne doit pas se défaire mais serrer les rangs pour se protéger et défendre ses intérêts qui ne sont pas plus ceux de la Russie que de la Chine ou des Etats-Unis.

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