Les Occidentaux étaient réunis cette semaine pour commémorer le débarquement de 1944, mais au même moment Vladimir Poutine et Xi Jinping se retrouvaient à Moscou pour sceller leur amitié et leur rivalité avec l’Occident.

Xi Jinping et Vladimir Poutine se sont retrouvés au Kremlin, à Moscou, le 5 juin, alors que les Occidentaux étaient de leur côté réunis en Angleterre et en Normandie, pour commémorer le débarquement.
Xi Jinping et Vladimir Poutine se sont retrouvés au Kremlin, à Moscou, le 5 juin, alors que les Occidentaux étaient de leur côté réunis en Angleterre et en Normandie, pour commémorer le débarquement. © AFP / Xinhua

S’il fallait une preuve de la grande divergence actuelle du monde, cette semaine nous l’a apportée de manière éclatante. Pendant que ce qu’on doit encore appeler la famille occidentale, malgré ses désunions, se retrouvait en Angleterre et en Normandie, une autre rencontre se tenait à Moscou, d’une autre nature. Xi Jinping, le numéro un chinois, retrouvait Vladimir Poutine pour trois jours en Russie, accompagné d’une délégation de … mille personnes.

Ca n’est pas encore la guerre froide, mais ça commence à ressembler sérieusement à deux blocs qui s’observent en chien de faïence. On est déjà au-delà du symbole dans ces deux rencontres simultanées qui s’ignorent, car derrière, ce sont des nouveaux rapports de force qui se créent, qui se testent.

Pour Vladimir Poutine, ces trois jours avec Xi Jinping, l’un des dirigeants les plus puissants de la planète, compensent l’absence d’invitation à la cérémonie en Normandie. Le Président russe était présent au 70ème anniversaire, même s’il n’y avait pas de troupes russes dans le débarquement, mais en raison de la contribution majeure du front Est à la défaite du nazisme. 

Mais cinq ans plus tard, il n’est pas invité, infréquentable pour cause d’annexion de la Crimée, d’Ukraine, ou de bombardements d’hôpitaux en Syrie. Mais en recevant le président chinois, Poutine montre qu’il n’est pas isolé.

Depuis que Moscou s’est tourné vers son voisin asiatique, avec lequel les relations n’ont pas toujours été faciles, les Occidentaux guettent les signes de division : ils se rassurent en considérant qu’il ne s’agit que d’une alliance de circonstance.

Pourtant elle tient bon, et se renforce. Les relations économiques ont pris une ampleur considérable, grâce bien sûr au pétrole et au gaz russes, mais au cours de cette visite, c’est le chinois Huawei qui a été choisi pour installer la 5G en Russie, un pied de nez à l’Amérique qui l’a banni de ses réseaux. 

Il n’y a évidemment pas de ciment idéologique entre la Chine toujours communiste et une Russie ultra-nationaliste ; mais il y a une même volonté de casser l’hégémonie occidentale sur le monde, avec un même goût de l’ordre et une absence de scrupules pour le maintenir.

Certains à la Maison Blanche, rêvent de séparer la Russie de la Chine, un peu comme Nixon, en 1972, avait fait une alliance de rebours avec Mao contre l’URSS. Mais les conditions politiques d’un tel retournement n’existent pas. Pas plus, à ce stade, que les espoirs de certains Européens de renouer le dialogue avec Poutine, et mettre fin à ce climat inquiétant.

Ce retour à des relations apaisées semble impossible tant que les nouveaux rapports de force ne sont pas stabilisés. La guerre commerciale et technologique lancée par Trump contre la Chine n’en est qu’un des aspects ; les recompositions en cours en Europe, loin d’être achevées, en sont un autre.

En l’absence d’Europe forte, il nous faut donc apprendre à vivre avec cet axe de l’ordre russo-chinois d’un côté, et cette Amérique de moins en moins impliquée et imprévisible de l’autre. C’est le message peu rassurant des rencontres de Normandie et de Moscou.

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