C’était un autre visage de l’extrême-droite, de cette nouvelle mouvance politique qui, dans toute l’Europe ou presque, se forme ou se reforme, jouant contre les grands partis des peurs d’un nouveau siècle qui, partout, bouleverse les habitudes et les cadres de vie. Assassiné hier, à neuf jours des élections néerlandaises dont il aurait pu sortir avec 15% des voix et 25 sièges au Parlement, Pim Fortuyn avait percé, comme Jean-Marie Le Pen, en mobilisant les électeurs contre les immigrés musulmans mais la comparaison s’arrête là. Alors que Jean-Marie Le Pen est un nouveau riche, Pim Fortuyn était le descendant d’actionnaires de la Compagnie des Indes orientales, vieille famille, vieil argent, fortune réduite par les temps mais beaux restes. Jean-Marie Le Pen se proclame monsieur tout-le-monde, fils du peuple et Français comme les autres. Lui se trimbalait avec valet et chauffeur, belle voiture et costumes sur mesures, confectionnés par son tailleur particulier, éphèbe dont il ne séparait jamais, pas plus que les stars de leur coiffeur. Jean-Marie le Pen se veut manuel, amateur du beau sexe et père de famille. Pim Fortuyn était professeur de sociologie, amateur d’art et homosexuel déclaré, genre j’épate la galerie et choque le bourgeois. « Le Pen est vieux, je suis jeune. Le Pen est un petit bourgeois nationaliste, je suis un citoyen du monde », disait Pim Fortuyn qui ne concevait pas non plus qu’on puisse réduire les chambres à gaz à un « détail » de l’Histoire. On ne faisait pas d’hommes plus dissemblables mais Pim Fortuyn venait de faire irruption dans la politique néerlandaise en raflant, en mars dernier, 34% des voix aux élections municipales de Rotterdam, grand port, comme Marseille, où les immigrés sont très concentrés, vivant dans des quartiers à eux, devenus villes dans la ville. Comme la petite dame, très couverture de Elle, qui bouleverse la politique danoise avec son Parti populaire, Pim Fortuyn était un conservateur de ce qui est devenu la norme européenne depuis la seconde moitié du siècle passé, protection sociale, tolérance, évolution des mœurs, libération de la femme, un défenseur des acquis, du progressisme d’une période qu’il estimait menacée par l’Islam, une culture « impérialiste et arriérée », disait-il. Plus que tout autre pays européen, les Pays-Bas, terre de calme et de pondération, d’américanophilie et de consensus érigé en dogme, ont été traumatisés par le 11 septembre. Il n’y a pas d’insécurité aux Pays-Bas, pas de peur au coin de la rue, pas de chômage non plus, mais depuis les attentats de New York une partie des Néerlandais, comme des Danois ou des Norvégiens, découvrent que le monde n’est pas immuable et basculent dans une nouvelle réaction. Les nouvelles extrêmes-droites européennes sont tout sauf homogènes mais si les grands partis continuent à ne pas savoir redonner à nos sociétés le sens d’une direction, d’une ambition, d’une force et d’une place dans un monde en mouvement, les Fortuyn et les Le Pen, les Haïder et les Bossi, les n’importe-quoi continueront de prospérer sur l’angoisse du siècle et la peur de l’autre.

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