Sans le dire mais au pas de charge, les Etats-Unis se substituent à l’Onu. L’Amérique ne le dit pas mais, un fait accompli après l’autre, elle impose et incarne, au détriment des Nations-Unies, un nouveau droit international, celui du plus fort. Les premiers signes s’en étaient fait sentir avec la dénonciation, par Washington, des accords internationaux sur la lutte contre le réchauffement de la planète et la création de la Cour pénale internationale. Les Etats-Unis avaient signifié, là, qu’ils refusaient le développement d’une législation supranationale, de lois mondiales pour un monde mondialisé, et n’entendaient donc pas se soumettre à d’autres décisions que les leurs. Cela avait inquiété mais, avec l’Irak, une autre étape est franchie. Elle est autrement plus décisive. Ce n’est plus seulement que l’Amérique ne veut plus être soumise à d’autres lois que les siennes. C’est également qu’elle veut soumettre le reste du monde à sa loi, prendre seule les décisions régissant l’ordre du monde. En principe, aux termes de la Charte des Nations-Unies, signée et largement élaborée par l’Amérique, une intervention armée comme celle que les Américains et les Britanniques ont lancé contre l’Irak, ne peut-être décidée que par une résolution du Conseil de sécurité. Hors ce cadre, hors consensus international, toute intervention de ce type est illégale mais les Etats-Unis ne sont même pas donné les gants de tordre le texte des résolutions de l’Onu pour donner un semblant de légalité à leur action. Bien au contraire, ils ont délibérément voulu manifester qu’ils intervenaient parce qu’ils le jugeaient bon, parce qu’ils l’avaient décidé. Avec cette guerre, ils ont volontairement humilié l’Onu qui n’a pas les moyens de s’opposer à eux et nié, par là, l’idée même de sécurité collective, d’une sécurité collectivement assurée par l’ensemble des nations du monde, et que font-ils maintenant ? Ils continuent à le faire, systématiquement, par la manière dont ils organisent et gèrent l’Irak. Saddam Hussein renversé, leurs troupes présentes à Bagdad, ils auraient pu se tourner vers les Nations-Unies et leur demander d’organiser la transition irakienne. Cette guerre faite et gagnée, personne, aucun pays, n’aurait même envisagé d’aller condamner leur action, de défaire ce qui avait fait. C’eut été vain, stupide et dangereux. Tous les grands pays auraient joué l’avenir. Les Etats-Unis n’auraient pas couru grand risque à revenir devant le Conseil de sécurité mais ils ne le font pas. C’est Georges Bush qui nomme un « envoyé présidentiel » pour l’Irak comme le Secrétaire-général de l’Onu aurait, en d’autres temps, nommé son « représentant spécial ». Les Etats-Unis, sans rien demander à personne, découpent l’Irak en trois ou quatre zones, exactement comme l’empire ottoman l’avait fait quand il régnait sur ce pays, et la Maison-Blanche, mieux encore, sous-traite la gestion sécuritaire de ces zones aux pays de son choix, sans même passer par l’Otan car même l’Alliance atlantique fait de l’ombre à l’autocratisme planétaire des Américains. Le message est clair. Ce n’est pas seulement dans la guerre, quand elle s’estime menacée, que l’Amérique veut se substituer à l’Onu. C’est aussi dans la paix, quand il s’agit de mettre le monde à sa main.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.