L’Union aura son nouveau traité et, avec lui, de nouvelles institutions. Après son adoption, hier, par le sénat tchèque à une majorité de 54 voix contre 20, il ne manque plus au traité de Lisbonne que les signatures des présidents polonais et tchèque et un « oui » au nouveau référendum irlandais, prévu pour l’automne prochain. Europhobe militant et libéral forcené, Vaclav Klaus, le président tchèque, fera tout ce qu’il pourra pour retarder les choses mais il devra bien, au bout du compte, donner son feu vert à un texte que les deux chambres de son pays, son parti compris, ont adopté. Nationaliste et, donc, souverainiste, catholique de l’école traditionaliste et, donc, horrifié par la décadence morale dont l’Union serait porteuse, le président polonais, Lech Kaczynski, ne pourra pas non plus refuser sa signature alors que l’actuelle majorité parlementaire et la population polonaises sont très europhiles. Quant à l’Irlande qui avait rejetée ce traité par référendum, autant elle était devenue eurodistante avant la crise économique mondiale, du temps où son libéralisme et son dumping fiscal l’avaient rendue si prospère et sûre d’elle-même, autant elle retrouve les chemins de l’Union la crise venue, réalisant que son modèle était éphémère et fragile et qu’elle ne pourrait pas faire cavalier seul. Avec quelques avantages et garanties grappillés au passage, les sondages donnent désormais le « oui » gagnant en Irlande et, à compter de l’année prochaine, beaucoup de choses vont ainsi changer dans l’Union. Le Conseil européen, l’assemblée des 27 chefs d’Etat et de gouvernement, élira un président, homme ou femme, pour un mandat de deux ans et demi, renouvelable une fois, qui lui permettra d’incarner l’Union sur la scène internationale, de faire vivre et coordonner le Conseil et de se substituer, dans la continuité, aux actuelles présidences tournantes de six mois. Parallèlement, l’Union se dotera d’un ministre des Affaires étrangères, dit Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité, et d’un service diplomatique commun, surtout, dont l’existence facilitera l’élaboration d’une diplomatie commune. L’Union aura une Charte des droits fondamentaux, 54 articles définissant les droits de ses citoyens qui pourront, notamment, « initiative populaire », appeler la Commission à soumettre un projet de loi au Parlement en réunissant un million de signatures. Ce n’est déjà plus l’Union d’aujourd’hui mais le plus important est que l’Union passera de l’unanimité à la majorité qualifiée dans une quarantaine de nouveaux domaines. L’Union pourra décider, ne plus forcément passer par le plus petit commun dénominateur, même si ces nouveaux domaines continueront, malheureusement, d’exclure la politique étrangère, sur laquelle les grands Etats veillent jalousement, et les domaines fiscaux et sociaux pour lesquels les libéraux viennent évidemment de refuser la règle majoritaire. Ce ne sera pas, déjà, l’Europe politique mais un vrai, grand progrès.

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