On ne savait pas avant le vote. On ne sait toujours pas après le vote et de cette incertitude sur laquelle se concluent les élections britanniques vont naître encore plus d’incertitudes pour l’ensemble de l’Union européenne. Les nouvelles ne sont pas bonnes mais commençons par la Grande-Bretagne. Comme c’était probable, ni les conservateurs, pourtant largement en en tête, ni les travaillistes, en recul d’une centaine de sièges, ne disposent d’assez d’élus pour former seuls le gouvernement mais la situation sortie des urnes est encore plus complexe qu’on ne pouvait le craindre. Même en s’alliant, les travaillistes et les libéraux-démocrates resteraient loin du seuil nécessaire à la Chambre. Ils ne semblent, donc, pas à même de constituer une coalition de centre gauche, sauf à aller chercher des appuis dans les tout petits partis ce qui fragiliserait beaucoup leur éventuel gouvernement. Si les conservateurs et les libéraux-démocrates ont, à l’inverse, assez d’élus pour pouvoir gouverner ensemble, leur alliance serait beaucoup trop conflictuelle, presque contre nature, pour apparaître durable. La Grande-Bretagne sort de ces élections sans majorité, sans majorité cohérente en tout cas. Cela signifie qu’il n’y avait pas d’offre à même de satisfaire les électeurs – ni à gauche avec des travaillistes usés par treize ans de pouvoir et que leur libéralisme avait trop éloignés de leur base populaire, ni à droite avec des conservateurs dont la volonté de rigueur budgétaire a inquiété et dont le chef de file a pu paraître trop inexpérimenté pour ces temps de crise, ni au centre avec des lib-dems qui auront énormément séduit pendant la campagne télévisée mais qui ont finalement reculé en sièges comme si l’électorat avait craint, à l’heure de la décision, d’accroître la confusion annoncée. La Grande-Bretagne n’est pas renforcée par ce scrutin. Elle se réveille, au contraire, affaiblie puisqu’elle ne devrait pas pouvoir prendre de direction claire face à un déficit budgétaire record, comparable à celui de la Grèce, et à un endettement qui, pour être moindre que celui de la France, n’en est pas moins inquiétant. C’est une crise politique qui frappe à Londres et qui vient généraliser, ainsi, sur fond de crise économique, une crise politique rampante dans toute l’Europe. En France, une écrasante majorité de la population est insatisfaite de son président qui a déçu la droite et pas du tout séduit la gauche. En Allemagne, la coalition entre démocrates-chrétiens et libéraux ne fonctionne pas et paraît courir, dimanche, à une défaite régionale qui la priverait de sa majorité à la Chambre haute. En Italie, le gouvernement de Silvio Berlusconi est miné par les divisions. En Espagne, le gouvernement socialiste ne fait que se survivre avec un chômage à 20% et l'on pourrait multiplier les exemples. Il n’y a pas, en un mot, un seul homme d’Etat européen assez solide et écouté pour tirer l’Union de l’ornière dans laquelle elle s’enfonce. Ce n’est pas l’apocalypse mais ca ne va pas bien, pas bien du tout.

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