Le message a été clair, immédiat et martelé. Le nouveau président de la République n’était pas élu depuis deux heures qu’il lançait, hier, à Tulle : « Aujourd’hui même, responsable de l’avenir de notre pays, je mesure aussi que l’Europe nous regarde », ajoutait : « C’est la mission qui est désormais la mienne : donner à la construction européenne une dimension de croissance, d’emplois, de prospérité, d’avenir » et concluait : « Le 6 mai doit être une grande date pour notre pays, un nouveau départ pour l’Europe, une nouvelle espérance pour le monde ».

Dès son premier discours de chef d’Etat, François Hollande a ainsi lié le redressement de la France à celui de l’Europe et s’est posé en reconstructeur de l’Union. Il va sans dire que la tâche est immense mais c’est pourtant un risque réfléchi qu’il prend là car dans cette « mission », puisque c’est son mot, François Hollande à quatre atouts de taille.

Le premier est que le temps n’est plus où il était à peu près seul à dire que, sans une politique de relance, les mesures de redressement budgétaire ne feraient qu’aggraver la crise en Europe. Cela fait aujourd’hui consensus dans toutes les capitales de l’Union et il est frappant de voir que, dès hier soir, le ministre allemand des Affaire étrangères, Guido Westerwelle, déclarait : « Nous devons maintenant sceller un pacte de croissance pour plus de compétitivité » et disait sa certitude que la France et l’Allemagne « réaliseraient ensemble leurs exigences communes ».

Le deuxième atout du président Hollande est qu’une inquiétude politique est venue renforcer l’inquiétude économique suscitée par l’austérité. La montée du Front national, le développement des nouvelles extrêmes-droite dans toute l’Europe, le résultat maintenant des élections grecques qui ont défait hier les deux grands partis au profit de l’extrême-gauche et de purs et simples nazis, tout cela fait que même les plus libéraux comprennent qu’il faut redonner un espoir aux Européens avant que l’Europe ne devienne ingouvernable et n’explose.

Le troisième atout européen de François Hollande est qu’il ne peut pas y avoir de consensus en Europe sans la France et que Mme Merkel devra donc finir par s’entendre avec le nouveau président français. Quant au quatrième atout du nouveau chef de l’Etat, il est de ne pas s’inscrire dans la généalogie socialiste. Venu de ces terres de l’Ouest catholique qui avaient basculé de droite à gauche dans les années 70 et fait la victoire de la gauche en 1981, François Hollande appartient à une nouvelle génération socialiste, beaucoup moins imprégnée de marxisme que de christianisme, plus sociale qu’utopiste et parfaitement compatible avec la démocratie chrétienne européenne ou François Bayrou en France. Fils spirituel de Jacques Delors, il peut être le nouveau Delors dont l’Europe a tant besoin, l’homme capable de sceller des compromis entre droites et gauches européennes et de donner, comme il le dit, « un nouveau départ à l’Europe ».

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