Washington envoie un porte avion nucléaire face à l’Iran, dans l’espoir de faire tomber le régime sans pour autant faire la guerre. Donald Trump ne croit que dans les rapports de force, et laisse faire ses conseillers les plus « faucons ».

Le porte-avions US Abraham Lincoln et ses 80 avions de combat et bombardiers, deux fois la taille et la force de frappe du Charles de Gaulle, envoyé en direction de l’Iran (photo d’archive de 2004).
Le porte-avions US Abraham Lincoln et ses 80 avions de combat et bombardiers, deux fois la taille et la force de frappe du Charles de Gaulle, envoyé en direction de l’Iran (photo d’archive de 2004). © AFP / SAMANTHA SIN / AFP

En mars dernier, le Washington Post rapportait que Donald Trump, sur le ton de l’ironie, avait recommandé à son Conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, de "ne pas déclencher de guerre"... 

Mais cet étrange président qui veut à tout prix désengager les États-Unis des deux longues guerres dont il a hérité, l’une au Moyen Orient, l’autre en Afghanistan, laisse une partie de son administration jouer dangereusement avec le feu dans deux pays-cibles, le Venezuela et l’Iran.

Les États-Unis étaient étroitement associés à la tentative de coup de force qui a échoué la semaine dernière à Caracas ; et cette semaine, c’est le tour de l’Iran. Pas vraiment des régimes sympathiques, mais c'est le même président qui qualifie le dictateur nord-coréen d'"ami"...

John Bolton a annoncé que les États-Unis envoyaient un groupe aéronaval conduit par le puissant porte-avions Abraham Lincoln, à la suite de menaces iraniennes non précisées. « Les États-Unis ne cherchent pas la guerre avec le régime iranien, mais nous sommes prêts à répondre à toute attaque », a-t-il déclaré.

L’administration américaine est convaincue qu’elle peut parvenir à faire tomber le régime iranien sans lui faire directement la guerre. Les sanctions pétrolières sont en train d’être renforcées, privant Téhéran de sa principale source de revenus.

Washington pousse l’Iran à la faute, et ça semble marcher. La désignation le mois dernier par Donald Trump des Gardiens de la révolution, le fer de lance du régime, comme organisation terroriste, a renforcé l’influence de ceux-ci à Téhéran, au détriment des réformateurs qui soutenaient l’ouverture au monde.

Hier, l’agence officielle iranienne a annoncé que Téhéran allait reprendre une partie de ses activités nucléaires interrompues depuis 2015. L’annonce pourrait être faite dès demain, à l’occasion du premier anniversaire de la décision américaine de se retirer de l’accord international. Une victoire pour les durs du régime qui souhaitaient riposter à l’hostilité américaine.

L’accord nucléaire est clairement menacé dans le face à face qui prend forme entre les durs du régime iranien et les « faucons » de l’administration américaine ; le reste du monde y assiste impuissant.

De fait, Donald Trump n’aime pas le carcan que lui impose le multilatéralisme. Il ne croit qu’aux rapports de force, un retour au monde d’avant le système international patiemment tissé depuis 1945. C’est ce qui se jouera dans les prochains jours et semaines au large des côtes iraniennes comme dans les rues de Caracas.

Il partage ce refus avec Vladimir Poutine, qui s’est affranchi de toute règle en Ukraine comme en Syrie où l’aviation russe pilonne actuellement l’enclave d’Idlib. Plusieurs hôpitaux auraient été touchés.

Les Européens, qui défendent le multilatéralisme, sont bien démunis face à ces manœuvres guerrières. Ca devrait être l’un des grands enjeux des prochaines élections européennes ; mais l’Europe s’enfonce dans son incapacité à prendre son destin en mains, laissant les John Bolton de ce monde à la manœuvre tant qu’on les laisse faire.

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