Le Liban a entamé un déconfinement progressif, mais s’il a fait moins de victimes que redouté, le covid-19 a exacerbé les difficultés du pays, et ses divisions. La colère monte dans un pays en faillite.

« Nous sommes fatigués », dit cet homme affublé d’un masque de protection contre le coronavirus sur cette fresque murale à Beyrouth, la capitale libanaise.
« Nous sommes fatigués », dit cet homme affublé d’un masque de protection contre le coronavirus sur cette fresque murale à Beyrouth, la capitale libanaise. © AFP / Ibrahim CHALHOUB / AFP

Il est des pays où le coronavirus est venu se rajouter à des crises politiques et financières profondes, et rendre une situation difficile plus explosive encore. Le Liban est de ceux-là, aujourd’hui dans une impasse totale.

Paradoxalement, le Liban s’en sort plutôt mieux que d’autres de la pandémie de covid-19, et a entamé un déconfinement progressif après un bilan moins lourd que redouté : 25 morts.

Mais le coronavirus a fini d’achever l’économie libanaise qui était moribonde, et en particulier la monnaie nationale qui est en chute libre. Et le virus a enfoncé un peu plus une population qui n’en pouvait déjà plus : la moitié des Libanais vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, et aucun amortisseur social n’est venu soutenir ceux que le confinement a privé de revenus.

Depuis le mois d’octobre, le Liban vivait à l’heure d’un mouvement populaire d’un type nouveau, cherchant à dépasser les clivages confessionnels qui ont façonné le pays. La « thawra », la « révolution », veut chasser la vieille classe politique rendue responsable de la faillite, accusée de s’être partagé le gâteau national depuis la fin de la guerre civile en 1990.

Elle a obtenu fin octobre, la démission du premier ministre Saad Hariri, remplacé non sans mal en janvier par Hassane Diab, un ingénieur égaré en politique, soutenu par une partie seulement de l’échiquier, d’abord les partisans chrétiens du Président Michel Aoun, et du parti chiite Hezbollah.

Le premier ministre tente de naviguer entre la colère populaire qui a rallumé la contestation ; la nécessité de présenter un plan crédible pour aller chercher de l’argent à l’étranger ; et un contexte géopolitique des plus complexes.

Hier, le Président Michel Aoun a tenté de lancer un appel à une « unité nationale sans faille » pour sauver le pays. Mais une partie de l’opposition a boycotté son invitation, en particulier Saad Hariri, rentré combattif d’un long séjour à Paris.

Et dans la rue, le mouvement sort lui aussi du confinement. L’appel à manifester ce jeudi s’achève par une demande rituelle : « mettez vos masques et gants » ! Ces derniers jours, des banques ont été incendiées, elles qui bloquent depuis des mois les avoirs des Libanais. Un manifestant a été tué par balles à Tripoli.

Le gouvernement espère obtenir un prêt du Fonds monétaire international, plus de 20 milliards de dollars pour les cinq prochaines années. Le Hezbollah pro-iranien ne voulait pas en entendre parler, mais s’y est résolu, faute d’autre solution.

Mais cette aide ne viendra qu’en échange de réformes qu’aucun gouvernement n’a su faire depuis des années, car elles remettraient en cause les fondements de l’économie de rente sur laquelle vit la classe dirigeante. 

Le Liban a longtemps donné l’impression d’être une exception au Moyen Orient, tel un funambule sur son fil tendu en l’air. C’est sans doute fini, il n’en a plus les moyens, et sa population n’en peut plus. Le coronavirus est venu donner le coup de grâce. Mais nul ne peut prédire ce qui en sortira.

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