Le compte à rebours commence aujourd’hui. Seul un miracle, un complet retournement de situation, pourrait désormais empêcher les Etats-Unis d’entrer en guerre mais les miracles ne sont pas si fréquents. L’Amérique a déjà massé 230 000 hommes dans la région, mobilisé tous ses moyens, et Georges Bush veut la guerre. Il la veut parce qu’il s’est convaincu que la chute de Saddam Hussein et la mise en place d’un régime moins ubuesque à Bagdad feront souffler le vent du changement au Proche-Orient, que les pays voisins, Iran, Syrie, Arabie saoudite, seront obligés de s’ouvrir, que les Etats-Unis, hier parrains de pouvoirs despotiques, en deviendront une force de libération aux yeux des masses arabes, leur nouvel espoir, et que le terrorisme islamiste en perdra ses soutiens. Pour la Maison-Blanche, cette guerre est un objectif stratégique, une nécessité, et elle s’y lancera, quels que soient les progrès du désarmement de l’Irak, quoi qu’en disent, cet après-midi, les inspecteurs de l’Onu, et quelles que soient les objections du Pape, de la France, des églises américaines, de la Chine, de la Russie, de la presque totalité de la planète. Sous dix jours, quinze ou vingt au grand maximum, cette guerre sera la réalité, la seule qui compte, la donnée de base. La question est donc de savoir ce qui en sortira. Il n’est pas exclu que les Etats-Unis réussissent leur pari. Après deux guerres, sanglantes, ruineuses et perdues, tant d’années de dictature, de terreur et de corruption, les Irakiens ne regretteront évidemment pas Saddam Hussein. Il est tout à fait possible que les soldats américains soient accueillis en libérateurs et pas invraisemblable que ces images aient, ensuite, une dynamique positive dans le monde arabe, qu’elles y enhardissent les classes moyennes et que joue cette « contagion de la démocratie » sur laquelle table la Maison-Blanche. On ne saurait exclure ce scénario mais il n’est malheureusement pas le plus probable. Même en admettant - ce qui n’est pas acquis - que la guerre soit assez courte pour épargner la population et que les troupes américaines soient vraiment acclamées par les Irakiens, cette intervention va faire des Etats-Unis les seuls responsables du Proche-Orient. Avec leurs armées, leur richesse, leur puissance, ils seront comptables de tout devant des populations qui non seulement attendront d’eux un mieux-être immédiat mais exigeront aussi que l’Amérique tranche toutes les disputes du Proche-Orient. Or non seulement cette guerre coûtera cher à l’Amérique, non seulement il faudra du temps pour que le pétrole irakien puisse financer un minimum de progrès sociaux mais les Sunnites, les Kurdes, les Chiites n’ont ni les mêmes intérêts ni les mêmes attentes. Les Turcs craignent comme la peste une affirmation kurde. Les Chiites irakiens ont une revanche à prendre sur les Sunnites et ni les dirigeants de l’Iran, ni ceux de la Syrie, ni ceux de l’Arabie saoudite n’ont intérêt à ce que le pari américain réussisse tant on leur a dit qu’ils étaient les prochains sur la liste. Ce n’est pas l’embourbement militaire que les Américains ont à craindre. C’est un tremblement de terre politique qui les piégeraient dans les Balkans de l’or noir.

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