Sous condition de n’être pas cité, un haut responsable iranien affirmait, il y a six jours, que le dossier nucléaire se débloquerait cette semaine. « L’affaire se réglera avant même d’arriver au Conseil de sécurité », disait-il en parlant d’une « surprise de dernière minute » et, si l’on n’y est pas, le fait est que Moscou et Téhéran seraient en train d’esquisser à deux un compromis sur lequel l’Europe, la Chine et les Etats-Unis pourraient avoir, un jour, à se prononcer. La Russie serait en train de se rallier à l’idée que l’Iran puisse enrichir sur son territoire, comme l’exige Téhéran, de petites quantités d’uranium dans le cadre d’« activités de recherches » menées sous contrôle de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, l’AIEA, basée à Vienne où tout se joue en ce moment. S’il se confirme, cet accord de la Russie sur les activités de recherches iraniennes constituerait un tournant majeur car, en retour, l’Iran devrait alors accepter de confier à la Russie l’enrichissement du gros de son uranium, celui qu’il veut pouvoir utiliser à la production d’énergie nucléaire. Le problème est que, si l’enrichissement de l’uranium iranien en Russie a les faveurs de l’Europe, de la Chine et, même, des Etats-Unis qui voient tous là un compromis acceptable, ni l’Europe ni, surtout, les Etats-Unis qui l’ont répété hier ne sont prêts à donner leur feu vert aux activités de recherche iraniennes. Donc, question : les Russes sont-ils à la veille de rompre l’unité du Conseil de sécurité et d’offrir ainsi, bientôt suivis par les Chinois, un considérable succès politique aux Iraniens ? Non. Ce n’est pas le cas, pas encore du moins, car les Russes n’acceptent, en réalité, les activités de recherche qu’après une période de suspension de toutes les activités iraniennes de conversion et d’enrichissement et qu’à la condition que les Iraniens soumettent ces recherches aux formes de contrôle les plus poussées de l’AIEA. L’accord n’est pas fait. Le front des grandes puissances n’est pas rompu mais il s’effrite bel et bien car les Russes, tentés d’être les artisans d’un compromis qui donnerait un éclat à leur retour sur la scène internationale, s’avancent plus que les Occidentaux, se démarquent des Américains, jouent, en un mot, et de plus en plus, leur propre jeu. Le plus probable est que le dossier iranien aille au Conseil de sécurité malgré les conversations entre Moscou et Téhéran. Il est peu vraisemblable que la Russie fasse cavalier seul sur ce dossier au risque de compromettre ses relations avec l’Europe et les Etats-Unis mais, quand ce dossier sera au Conseil de sécurité, il serait étonnant que les Russes n’y jouent pas la montre et n’y poussent pas le compromis qu’ils viennent d’esquisser avec les Iraniens. L’imbroglio menace et cela d’autant plus que, pendant que l’unité du Conseil de sécurité s’effrite, les divisions s’approfondissent à Téhéran où un courant du régime veut à tout prix éviter des sanctions économiques tandis que l’autre joue l’épreuve de force internationale et le durcissement intérieur. Ce qui frappe aujourd’hui dans cette affaire est que les volontés ne sont pas claires, pas plus à Téhéran qu’au Conseil de sécurité.

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