Ancien gouverneur du Texas, terre d’élection de sa famille, et frère du gouverneur de la Floride, Georges Bush est naturellement tourné vers l’Amérique latine. Durant sa première campagne présidentielle, en 2000, il avait annoncé que cette partie du monde, la seule qu’il connaisse un peu en dehors des Etats-Unis, constituerait « un engagement fondamental » de son mandat. Sitôt investi, il avait organisé, à Québec, un « Sommet des Amériques » pour appeler à la constitution d’une zone de libre-échange s’étendant de l’Alaska au Cap Horn mais les attentats du 11 septembre l’avaient totalement détourné de cet horizon. Le monde arabo-musulman était alors devenu l’unique objet de son attention, et l’Amérique latine où il entame, demain, une tournée de six jours a, pendant ce temps, beaucoup changé. Hier « arrière-cour » des Etats-Unis sur laquelle ils régnaient en maîtres, elle a si bien viré à gauche que les gouvernements conservateurs y sont devenus l’exception qui confirme la règle. Il y a désormais deux Amérique latines, celle de la gauche radicale, regroupée derrière le Venezuela d’Hugo Chavez, et celle de la gauche modérée dont la grande figure est Lula, le Président brésilien. Traditionnellement grand dans cette région, l’antiaméricanisme s’y est considérablement accru depuis l’aventure irakienne et la perte d’autorité internationale qu’elle a coûtée aux Etats-Unis. L’ancienne « arrière-cour » est, en un mot, devenu, pour Washington, un souci majeur si ce n’est une terre à reconquérir. C’est l’objectif de cette tournée de « réengagement » qui mènera Georges Bush au Brésil, en Uruguay, en Colombie, au Guatemala et au Mexique mais la partie ne sera pas aisée. L’atout des Etats-Unis est d’être l’incontournable partenaire économique de leurs voisins du Sud. Même Hugo Chavez, l’homme qui reçoit en ami Mahmoud Ahmadinejad et traite Georges Bush de « roi des menteurs et des envahisseurs », vend l’essentiel de son pétrole à ce géant du Nord qu’il pourfend matin, midi et soir. Les échanges entre les Etats-Unis et le sous-continent ont atteint, l’année dernière, 555 milliards de dollars, en hausse de 14% par rapport à 2005. Géographie oblige, il n’y a pas de rupture possible entre l’Amérique latine et les Etats-Unis mais un processus d’autonomisation est en cours. L’Amérique latine progresse lentement vers sa propre intégration économique autour du Mercosur qui regroupe déjà le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela. Ardemment combattue par les petites entreprises et les syndicats américains, l’ambition d’une zone de libre échange continentale est, parallèlement, plus que jamais compromise par la victoire des démocrates aux élections de novembre. Georges Bush n’a, en fait, rien de concret à proposer à l’Amérique latine. Il tentera seulement d’y multiplier les accords économiques bilatéraux dans l’espoir de la diviser.

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