C’est une gauche heureuse, confiante et sûre d’elle-même, qui tentera, dimanche, de reconduire sa majorité aux législatives espagnoles. Ce n'est pas que tout est rose pour elle. Elle n’a que quatre points d’avance sur la droite dans les derniers sondages. Le chômage est reparti à la hausse. L’inflation a dépassé les 4% en 2007. Le ralentissement du boom immobilier menace de se faire sentir dans toute l’économie. Rien n’est joué pour le PSOE, le Parti socialiste ouvrier espagnol, mais, outre que beaucoup de pays européens envieraient le taux de croissance – 2,7% – auquel le pays pourrait retomber en fin d’année, la gauche espagnole a tout ce que la gauche française n’a pas. Nulle bataille de courants ni rivalité de personnes ne la déchire. La gauche espagnole a un jeune leader, séduisant et solide, le Président du gouvernement sortant, José Luis Rodriguez Zapatero, dont on peut contester la politique mais pas la capacité – il vient de le faire – à exercer cette fonction. L’Europe ne divise pas ce parti mais le cimente au contraire et le PSOE est parfaitement à l’aise avec ce qu’il est : un parti de gouvernement qui ne se revendique plus, pas même en mots, de la révolution. Ce parti est tout simplement, un parti moderne et c’est ce qui lui donne des chances de l'emporter dimanche. Face à une droite cléricale, très conservatrice sur les questions de mœurs, encore très clientéliste et qui n’a pas totalement rompu, elle, avec ses racines idéologiques, avec le franquisme, le PSOE n’a aucun mal à incarner l’air du temps. L’époque décrie les déficits que l’on regardait, en d’autres temps, comme un moteur de l’économie et le gouvernement sortant affiche fièrement un très confortable excédent et une dette publique en régression. Cela plaît aux milieux d’affaires mais aussi, et pas moins, aux jeunes générations, cadres et jeunes entrepreneurs, qui préfèrent la stabilité financière aux dépenses publiques, la rigueur aux politiques de relance. L’époque est à la tolérance et à l’égalité des sexes et le gouvernement Zapatero a promu des lois sur la parité et contre les violences faites aux femmes, simplifié les procédures de divorce, légalisé le mariage homosexuel avec l’approbation des 70% des Espagnols, élargi les autonomies régionales et rendu facultatif l’enseignement religieux. Chacun peut désormais vivre comme il l’entend en Espagne mais ce modèle, libéral aux deux sens du terme, est-il exportable et, surtout, durable ? Ce n’est pas certain, pour deux raisons. Toutes les droites et tous les épiscopats européens, d’abord, ne sont pas aussi réactionnaires qu’en Espagne et toutes les gauches ne bénéficient, donc, pas du même monopole de libéralisation des mœurs. La vraie différence, en second lieu, entre gauche et droite, celle qui divise aujourd’hui Démocrate et Républicains aux Etats-Unis, réside dans le partage des richesses, dans leur redistribution par l’impôt. C’est là que les intérêts se heurtent, que tout le monde ne défend pas les mêmes. Les gauches ont, partout, à réinventer la redistribution et la protection sociales et, dans cette réinvention, la gauche espagnole est aussi en retard que toutes les autres.

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