Peut-être ne sont-ils pas décisifs – on ne sait pas, ce n’est pas clair – mais le colonel Kadhafi marque des points. Grâce à son aviation et aux armements lourds dont il dispose, il est passé à l’offensive contre les villes et les régions qui échappent aujourd’hui à son autorité. Il a l’avantage des armes contre des insurgés qui n’ont que des fusils à lui opposer et aucune formation militaire. On ne peut plus exclure qu’il ne reprenne des positions perdues et cette seule perspective est intolérable pour deux raisons. La première est que toute reconquête de quelque territoire que ce soit s’accompagnerait de représailles massives visant à intimider tout le pays et décourager la révolte. Ce Néron ne doit pas pouvoir infliger de nouvelles souffrances à la Libye. Les pays occidentaux ne peuvent pas le laisser procéder à un bain de sang grâce aux armes qu’ils lui ont vendues et le peuvent d’autant moins que s’il devait l’emporter, même provisoirement, beaucoup des autres dictatures du sud et de l’est de la Méditerranée en viendraient à considérer que la manière forte est payante et qu’il leur faut, comme le colonel libyen, bombarder, tuer, tirer dans le tas, pour mâter la contestation. Il serait inconcevable, honteux, intolérable que les démocraties laissent faire cela car cette passivité ne se paierait pas que de dizaines de milliers de morts. Preuve serait alors faite que la non-violence ne paie pas, que les démocraties ne se soucient pas de la démocratie ou ne la défendent en tout cas pas et les conséquences en seraient extrêmement graves. Non seulement l’occasion historique d’un rapprochement entre les rives de la Méditerranée autour des valeurs de liberté, d’état de droit et de démocratie en serait compromise mais les révoltes du monde arabe se sentiraient trahies par l’Europe et les Etats-Unis, devraient troquer les manifestations pacifiques contre la violence et tomberaient, surtout, comme un fruit mûr, dans l’escarcelle des islamistes. Contrairement à ce qu’il expliquait, hier, au Journal du Dimanche, ce n’est pas si le colonel Kadhafi tombait qu’al Qaëda tirerait les bénéfices du printemps arabe. C’est s’il restaurait son pouvoir par la force et que les autres dictatures du Maghreb et du Machrek se voyaient en situation de suivre son exemple que les islamiste reviendraient sur le devant de la scène en expliquant que seuls le djihad et la charia peuvent débarrasser ces régions de régimes que leur corruption et leur impéritie ont fait haïr. L’enjeu n’est pas la seule Libye. Il est autrement plus vaste. Il commande d’empêcher l’écrasement du soulèvement libyen mais , compte-tenu du danger de l'ingérence, comment faire ? Il n’est pas nécessaire d’envisager pour cela d’engager des troupes. Des mouvements de porte-avions et de fortes déclarations pourraient amener Muamar Kadhafi à chercher une porte de sortie ou convaincre son entourage d’en débarrasser son pays et le monde. Si cela ne suffisait pas, l’Onu pourrait demander à une coalition de pays européens, arabes et africains d’interdire le ciel libyen à son aviation et le priver ainsi des moyens de nuire. Cet homme est tout sauf invincible mais encore faut-il vouloir le vaincre car il ne faut pas qu’il reprenne l’avantage.

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