En Europe, la droite aime rarement se dire de droite. Aux Etats-Unis, c’est l’inverse. Alors que très, très peu de Démocrates accepteraient de se revendiquer « leftist », de gauche, non seulement les Républicains s’affichent fièrement « conservateurs » mais chacun d’entre eux se doit de l’être plus que l’autre, comme on le voit aujourd’hui dans leurs primaires.

Ce n’a pas toujours été vrai. Il fut un temps, après guerre, où les Républicains voulaient plutôt incarner le parti de la Raison, un centre droit avant tout modéré. Les grandes figures républicaines étaient alors Dwight Eisenhower, le président des années 50, et Nelson Rockefeller, le gouverneur de New York. On parlait alors des « Rockefeller Republicans », des Républicains à la mode Rockefeller qui étaient très proches des droites européennes de l’époque mais un homme, Barry Goldwater, sénateur de l’Arizona, a changé tout cela en obtenant l’investiture républicaine en 1964.

« L’extrémisme dans la défense de la liberté n’est pas un vice », aimait-il dire et, pour lui, défendre la liberté, c’était à la fois lutter contre l’impôt, instrument d’oppression de l’individu par la collectivité, et maintenir la pression militaire contre l’URSS, l’ennemi communiste que les Etats-Unis se devaient d’abattre. Barry Goldwater sera sévèrement battu par Lyndon Johnson, un démocrate, mais il avait préfiguré le raidissement conservateur des Républicains qu’allait consacrer, dans les années 80, les deux mandats et l’immense popularité de Ronald Reagan, l’homme du « retour de l’Amérique », du rejet de l’impôt, des aides sociales et de l’interventionnisme économique, le père de ce néo-libéralisme que Margaret Thatcher et lui ont répandu dans le monde avant que ses méfaits ne s’avèrent avec le krach de 2008.

Dans sa « révolution conservatrice », Ronald Reagan avait obtenu le soutien de la droite chrétienne qu’il n’aimait pas et avait circonscrite mais, depuis sa mort, c’est cette droite-là qui domine la base républicaine, une droite libérale mais aussi intégriste qui brandit la Bible à chaque mot, dénonce le droit à l’avortement, pourfend l’homosexualité et veut mettre le créationnisme au programme des écoles puisque l’homme est enfant de Dieu et non pas du singe.

Sur le fond, cette droite est le pendant chrétien de l’intégrisme musulman et sa puissance est telle qu’il est devenu impossible d’obtenir l’investiture républicaine sans lui donner de vrais gages alors même que les Républicains ne peuvent pas emporter la présidentielle avec un candidat sorti de ses rangs.

C’est cette contradiction qui domine aujourd’hui les primaires républicaines avec d’un côté Mitt Romney, milliardaire libéral mais nullement intégriste et relativement modéré, qui l’a emporté hier dans 5 des 10 Etats en jeu et, de l’autre, Newt Gingrich, libéral pur et dur mais « womanizer », amateur de dames, qui a remporté la Géorgie et, surtout, Rick Santorum, catholique incandescent et père de sept enfants qui s’est adjugé 4 Etats et n’a manqué l’Ohio que d’un point. Mitt Romney paraît tenir la corde mais la droite chrétienne l’aime si peu que la bataille va se poursuivre et que, stabilisation économique aidant, Barack Obama a de vraies chances d’être réélu.

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