vladimir poutine exclut pour l'instant de recourir à la force en ukraine
vladimir poutine exclut pour l'instant de recourir à la force en ukraine © reuters

C’est une situation profondément inquiétante mais autant voir et dire les choses telles qu’elles sont. Les relations entre la Fédération de Russie, d’un côté, et l’Europe et les Etats-Unis de l’autre sont en train de se dégrader gravement et plus grand-chose ne parait à même d’arrêter cet engrenage.

Avant-hier, les choses avaient pu sembler s’améliorer un peu. A Paris, les Occidentaux avaient fini par arracher au ministre russe des Affaires étrangères une sorte de « oui » à la création d’un « groupe de contact » sur l’Ukraine réunissant la Russie et les nouvelles autorités ukrainiennes. C’était un « oui » conditionnel car il requerrait encore l’approbation de Vladimir Poutine mais, hier matin, la réponse et venue de Crimée où le Parlement de cette République autonome de l’Ukraine aujourd’hui contrôlée par les forces russes a demandé son rattachement à la Fédération de Russie et décidé d’organiser, dimanche 16 mars, sous dix jours, un référendum en ce sens. Les dés sont jetés. Ils le sont tellement que, tandis que le ton montait encore à Washington, le Conseil européen extraordinaire réuni à Bruxelles annonçait un train de sanctions économiques en trois étapes contre la Russie. Les Occidentaux n’accepteront pas sans réagir cette partition de l’Ukraine sur laquelle la Russie ne reculera pas et, même si Vladimir Poutine s’arrête là, même s’il ne va pas jusqu’à également organiser la sécession des régions orientales de l’Ukraine, l’irrémédiable n’est plus loin d’être consommé.

Une Guerre froide économique menace dans laquelle les sanctions occidentales seront suivies de représailles russes dans un cycle qui pourrait bientôt rompre la majeure partie des échanges entre la Russie, l’Union européenne et les Etats-Unis. C’est si vrai qu’hier soir, à Paris, une cinquantaine de Français, journalistes et grands patrons surtout, ont pu assister, stupéfaits, à une violente prise de becs entre un haut responsable de la diplomatie française et le président de la Commission des Affaires étrangères de la Douma, du Parlement russe, venu défendre les positions de son gouvernement. C’était dur et acrimonieux. C’était un signe des temps mais où va-t-on maintenant ?

Sauf coup de théâtre, à trois choses. La première est que Vladimir Poutine est en train de retrouver là une nouvelle popularité dans son pays parce que la Crimée n’est ukrainienne que depuis 1954, qu’elle était historiquement russe, que beaucoup de ses habitant se considèrent ou sont Russes et qu’un grand nombre de Russes sont au fond reconnaissants à leur président de la leur rendre. Vladimir Poutine consolide son pouvoir mais, ce faisant, il est train de se mettre dans la main de la Chine car, une fois consommée sa rupture avec les Occidentaux, ce géant restera son seul allié, un allié d’un tel poids que les intérêts nationaux de la Russie en seront très sérieusement menacés, notamment en Sibérie. Ce n’est pas un rebond mais un déclin accéléré que la Russie amorcerait là alors que les Européens, eux, découvrent enfin, dans cette crise, qu’ils ne peuvent pas ne pas avoir de diplomatie et de défense communes.

Cette crise pourrait bien être, à l’inverse, un accélérateur de l’intégration européenne et ce n’est certainement pas là sa moindre importance.

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