Ils veulent y croire. A la veille des conversations de tout à l’heure, à Bruxelles, entre les 28 dirigeants européens et le Premier ministre turc, l’Allemagne, la France et le président du Conseil européen, Donald Tusk, voulaient croire en la possibilité d’arriver à juguler la crise des réfugiés.

La première raison en est que la fermeture des frontières sur ce qu’on appelle la route des Balkans, celle qui mène les réfugiés de la Grèce au nord de l’Europe, a fait baisser le ton dans les pays qu’ils traversaient ou atteignaient. Leurs capitales en vitupèrent un peu moins l’Allemagne et la Commission européenne. Elles en sont un peu plus disposées à réenvisager des approches communes et cela d’autant plus que la Turquie, deuxième raison de ce soudain optimisme, semble désormais prête à vraiment épauler l’Union.

La Turquie a, comme on dit, « réadmis » ce week-end plusieurs centaines de migrants partis de ces côtes vers la Grèce et qui n’avaient pas droit au statut de réfugiés. Elle devrait, surtout, finaliser aujourd’hui, à Bruxelles, son accord sur l’intervention, en mer Egée, de bâtiments de l’Otan qui signaleront à sa marine les bateaux de réfugiés voguant vers les îles grecques et qu’elle se chargera, alors, de faire revenir vers ses rives.

La Turquie paraît, autrement dit, vouloir réduire le nombre de réfugiés partant de son territoire vers cette porte de l’Union qu’est la Grèce. Les 3 milliards de fonds européens qui lui avaient été promis en échange des dépenses supplémentaires que cela implique pour elle commencent du coup à se débloquer et, parallèlement, l’Union va dégager de quoi financer l’hébergement des 30 000 et, bientôt, 100 000 demandeurs d’asile bloqués en Grèce en attendant que s’y fasse le tri entre réfugiés qui y ont droit et migrants économiques qui seront éconduits.

Le dispositif imaginé depuis septembre serait donc en train de se mettre en place pendant que se renforce le contrôle des frontières extérieures de l’Union et, à entendre les responsables nationaux et européens de ce dossier, cela devrait permettre une diminution du nombre de nouveaux réfugiés dans l’Union puis un retour à un fonctionnement normal de l’Espace Schengen.

Il est bien trop tôt pour dire si cet optismisme est fondé mais le fait est que l’Union se barricade, qu'elle fait tout pour ne pas laisser aux réfugiés l’espoir d’atteindre ses côtes et que la Turquie paraît maintenant vouloir profiter de cette crise pour se rapprocher de l’Europe.

Au plus mal avec la Russie et en froid avec les Etats-Unis auxquels elle reproche leur soutien aux Kurdes syriens, la Turquie parait avoir compris que ce n’est qu’auprès de ces Européens qui ont tant besoin d’elle qu’elle peut aujourd’hui trouver des appuis.

Raison d'Etat des deux côtés, c’est du donnant-donnant et une carte d’autant plus intéressante pour le président turc, Recep Erdogan, qu’il a tout intérêt à afficher une bonne entente avec l’Europe alors qu’il muselle sa presse, réprime ses Kurdes et s’affirme en sultan sans partage.

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