L'Europe change de pied

C’est maintenant dit. Cela se murmurait depuis plusieurs semaines, un mot, une phrase après l’autre. Cette chronique s’en était régulièrement fait l’écho mais c’est maintenant à quatre et non plus seulement à deux, l’Espagne et l’Italie en plus de la France et de l’Allemagne, que les plus grands pays de l’Union se sont prononcés hier, à Versailles, pour une « Europe différenciée », le nouveau nom de ce que l’on appelait avant « l’Europe à plusieurs vitesses ».

« Je plaide pour qu’il y ait de nouvelles formes de coopération, des coopérations différenciées », a dit François Hollande. Nous devons avoir le courage, a renchéri Mme Merkel, d’accepter que certains pays avancent un peu plus rapidement que d’autres ». « L’Espagne est disposée à aller plus loin dans l’intégration avec tous ceux qui voudront la poursuivre », a annoncé Mariano Rajoy tandis que Paolo Gentiloni évoquait « différents niveaux d’intégration » permettant d’offrir « des réponses différentes » à « des ambitions différentes ».

Dans l’immédiat, cela ne change rien mais, à moyen terme, cela change tout.

Pour que ce nouveau projet prenne forme, car c’en est un, il faut d’abord que les élections néerlandaises, françaises et allemandes aient eu lieu et n’aient pas débouché sur l’arrivée au pouvoir d’europhobes décidés à sortir de l’Union.

C’est exclu à Berlin mais pas plus totalement impossible à La Haye qu’à Paris. Dans cette hypothèse, l’unité européenne aurait rapidement vécu mais si ce n’est pas le cas, si Mme Le Pen échoue au second tour et que ses amis néerlandais ne trouvent pas de partenaires avec lesquels gouverner, alors, oui, l’Union change de pied et, bientôt, dès l’automne prochain, de visage.

Elle devient alors, expliquait hier François Hollande à six grands journaux européens, un ensemble dans lequel il y aura un marché commun à 27, pour certains une monnaie unique et, pour tous ceux qui le voudront, des avancées à plusieurs dans les domaines de la Défense, de l’harmonisation fiscale et sociale, de la recherche, de la culture ou de la jeunesse. Toute l’idée de cette Europe différenciée est que ceux des Européens qui ne souhaitent pas aller plus loin que le marché unique le puissent tandis que d’autres pourront resserrer leurs liens où et quand ils en ressentiront le besoin.

« C’est une idée qui s’impose. Sinon c’est l’Europe qui explose », disait le président français et ce n’était pas qu’une formule.

C’est la réalité car l’unité européenne est désormais trop profonde pour que l’Union demeure paralysée par l’exigence d’unanimité. Elle doit pouvoir avancer et le faire vite, faire la preuve de son efficacité ou bien se déliter et tout autant qu’elle peut se défaire à 27, elle ne peut avancer qu’à quelques uns.

C’est la première raison du tournant qui s’amorce et la seconde a pour nom Donald Trump car, face à son isolationnisme et à son rejet de l’Union, les grands pays européens voient un vide à remplir au plus vite et réalisent qu’ils ont les moyens de le faire car l’Europe unie est la première puissance économique du monde.

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