La gauche italienne doit-elle ou non gouverner avec les 5 Etoiles ?

Il n’a pas fallu deux jours pour que le débat s’ouvre. Trente-six heures à peine après que ses législatives de dimanche eurent débouché sur une impasse, l’Italie se déchire sur la question de savoir si la moins mauvaise des solutions ne serait pas une coalition entre le Parti démocrate et le Mouvement 5 Etoiles, entre la gauche modérée – le PS français ou le SPD allemand – et ce mouvement créé par un clown, vraiment un clown, Beppe Grillo, et maintenant devenu le premier parti d’Italie sous la bannière si distinguée du « Va te faire mettre ». 

        Pour la patrie de Machiavel et de Gramsci, de l’eurocommunisme, du compromis historique et d’Alterio Spinelli, pour un pays dont la classe politique avait si longtemps eu un niveau intellectuel qui laissait pantois, c’est évidemment une question accablante, humiliante, désespérante, mais le fait est qu’elle se pose. 

        Impossible de l’ignorer car si ce n’est pas cette coalition-là, c’est ou bien de nouvelles élections dont la Ligue, l’extrême-droite nationaliste, aurait toute chance de sortir encore plus forte que dimanche ou bien une coalition entre la Ligue et les 5 Etoiles. 

        L’une et l’autre de ces perspectives donnent à réfléchir. C’est pour cela que Matteo Renzi, le patron démissionnaire du Parti démocrate, est très critiqué depuis hier, par ses propres amis, pour avoir totalement exclu toute discussion avec les 5 Etoiles mais comment ce débat se pose-t-il ?       

        Contre la recherche d’un accord avec les « Grillistes », avec le parti qui a réuni dimanche près d’un tiers des voix, les arguments sont évidents. Comme on le voit, notamment à Rome, dans les municipalités qu’il a déjà conquises, ce parti est fait d’amateurs, sans culture ni expérience politiques. Gouverner avec lui, c’est à tout coup se condamner à l’échec, devoir en assumer la responsabilité et se tirer, au bout du compte, une balle dans le pied. C’est aller au suicide et mieux vaut donc, pour la gauche, pour les possibilités d’alternance et la démocratie italienne, aller se refaire les muscles en cure d’opposition. 

        On comprend la position de Matteo Renzi mais, en même temps, où irait l’Italie si la Ligue sortait plus forte de nouvelles élections ou venait à gouverner avec les 5 Etoiles ? C’est là qu’est la vraie question et c’est pour cela que le Parti démocrate se devrait sans doute de publiquement poser questions et conditions à ce parti. 

Il devrait lui demander ce que signifie son récent abandon de la sortie de l’euro, ce qu’est sa conception de l’unité européenne et jusqu’où il voudrait creuser le déficit pour tenir ses promesses électorales. Il faut engager le débat, mettre les 5 Etoiles dos au mur et tabler, mais oui, sur la sagesse des électeurs.       

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