Comment le président mexicain est-il parvenu à calmer voire endormir son homologue américain ? Leçon de choses et "d'ancien monde".

Faisons un point d'étape sur le Mexique et son nouveau président. D'abord, parce qu'on ne parle jamais assez de ce pays de 125 millions d'habitants, grand comme 4 fois la France et surtout 1er pays hispanophone au monde, bien avant l'Espagne. Cette petite mise au point culpabilisante faite, revenons à son président.

Existe-t-il boulot plus périlleux au monde que président d'un pays voisin des Etats-Unis en ce moment ? Ça a toujours été le cas, pour être juste. A Mexico, on a l'habitude de dire dans un demi-sourire que le Mexique est « si loin de Dieu et si près des Etats-Unis ».

Mais depuis l'élection de Donald Trump, son « mur magnifique » à la frontière entre les deux pays, son obsession des « bad hombres », violeurs et voleurs, venus du sud et son intuition qu'il faudra un jour y envoyer l'armée yankee, l'affaire s'est encore compliquée.

Inutile de dire que l'élection, côté mexicain, d'Andrés Manuel López Obrador, un président de gauche qui, au cours de sa campagne avait comparé Donald Trump à Hitler et l'avait traité de « néo-nazi » promettait de belles embardées diplomatiques.

Or, c'est l'inverse qui s'est passé. Sitôt élu, M. López Obrador, dit AMLO, s'est fendu d'une longue lettre adressée à la Maison-Blanche détaillant sa politique. Ce à quoi Trump a répondu en louant le « parfait gentleman » qu'était le nouveau président mexicain.

Le retour d'expérience d'autres leaders confrontés à Trump

C'est ce qui est intéressant dans cette affaire. Andrés Manuel López Obrador a bénéficié du retour d'expérience d'autres leaders qui, avant lui, ont eu affaire à Donald Trump. Première leçon, le président américain ne connait que les relations personnelles.

Mais il y a plusieurs façons d'aborder cet écueil. Il y a la méthode Macron qui consiste en poignées de main virile, conversations les yeux dans les yeux et, surtout, le mettre en majesté. Trump déteste être noyé dans la foule des chefs d'Etat et de gouvernements.

Mais c'est risquer en permanence le combat de coq et, sur des dossiers importants, les accords de Paris, l'Iran, cette méthode testotéronée a montré ses limites, pour rester poli. Le président mexicain a donc décidé de faire exactement l'inverse.

Il a 65 ans, c'est un vieux briscard de la politique mexicaine qui s'est présenté deux fois à l'élection présidentielle avant d'être finalement élu en 2018. autrement dit, c'est un parfait représentant de « l'ancien monde » politique.

Que voulez vous, en matière de diplomatie et de rapports humains, l'expérience paie. Sa lettre de 7 pages adressée au président Trump était volontairement ennuyeuse : en noyant Donald Trump sous les détails techniques et mexicains, il l'a endormi, dompté.

Depuis, il applique avec constance une technique éprouvée : l'évitement et la recherche de points de convergence. Le tout avec une petite voix qui confine au murmure. Vous savez, un peu comme le serpent du « Livre de la Jungle ».

Et le plus étonnant, c'est qu'en refusant d'hystériser le débat, à la façon populiste, il rend service aux Mexicains eux-mêmes qui sont désormais 56% à avoir une opinion favorable de leur voisin du nord, contre 30% en 2017.

En fait, AMLO a trouvé la clé de la psychologie perturbée de Donald Trump. Il est aujourd'hui l'homme qui sait susurrer à l'oreille du président américain. La question est de savoir si cet envoutement durera assez longtemps pour éviter les ennuis.

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