Ils ont fait bonne figure, protestant de leurs bonnes relations personnelles et des liens étroits entre les deux pays latins que sont l’Espagne et la France mais les faits sont là. Hier, à Carcassonne, lors de ce seizième sommet franco-espagnol, le dernier auquel participait José-Maria Aznar qui ne se représente pas aux élections de mars prochain, Jacques Chirac et son invité n’ont pu que constater leur désaccord sur le projet de Constitution européenne. L’Espagne ne recule pas. Elle continue de refuser la définition de la majorité décisionnelle introduite par le projet de Constitution, la moitié des pays membres représentant ensemble 60% de la population de l’Union. L’Espagne veut en rester au système mis au point à Nice car il lui donnait autant de poids qu’aux grands de l’Union, Allemagne, Italie, France, Grande-Bretagne, et il n’est donc désormais plus exclu, non pas certain mais possible, que l’Union s’achemine vers un blocage. Si l’Espagne s’en tient à cette position, la Pologne non plus ne reculera pas. Elle aussi exigera qu’on en reste à Nice car elle y avait également obtenu une représentation disproportionnée. Tous ceux des autres pays qui font telle ou telle autre objection au projet mis au point par la Convention resteront alors intransigeants et la percée européenne qui semblait à porté de main sera manquée. Si tel était bien le cas, si la Raison ne l’emportait pas au dernier moment, après un long suspens, après le départ, par exemple, de José-Maria Aznar, que se passerait-il ? Et bien, ce ne serait pas la fin de l’Europe. Ce serait évidemment celle de l’Union politique à 25, de l’espoir d’une Europe élargie allant plus loin que l’énorme acquis communautaire, fruit de presque un demi-siècle de rapprochements progressifs. Cet acquis ne serait pas remis en cause. Il ne serait pas transformé mais l’Union continuerait de progresser, par d’autres chemins. Au cœur de l’Union d’aujourd’hui, des pays, la France et l’Allemagne au premier chef, décideraient alors d’aller plus loin ensemble, sans doute pas de former l’Union franco-allemande dont de plus en plus de gens parlent à Paris et Berlin, mais de s’engager dans une complète coordination de leurs politiques économique, étrangère, militaire et sociale. La Belgique et le Luxembourg se joindraient à ce mouvement. Une sorte de fédération de ces pays verrait le jour au sein de l’Union européenne. Cet ensemble y pèserait d’un poids déterminant, du poids de la deuxième puissance économique mondiale qu’il constituerait et de la force d’attraction, aussi, qu’il exercerait vite sur d’autres pays de l’Union, l’Espagne et l’Italie notamment dès qu’elles auront changé de majorité politique. Au sein d’une Union essentiellement économique, naîtrait ainsi une nouvelle puissance, plus resserrée, plus cohérente, vis-à-vis de laquelle les autres pays de l’Union auraient à se déterminer et qu’ils ne pourraient rejoindre que sur la base d’un plein accord. Moins consensuel mais plus rapide, c’est un scénario qui ne serait pas forcément le pire, qui présenterait, même, beaucoup d’avantages. A chacun de décider.

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