Il n’y a pas, chez le Président français, qu’un atlantisme et une américanophilie en rupture avec les décennies gaulliennes de la diplomatie française. Plus classiquement de droite que gaulliste, Nicolas Sarkozy revendique sa proximité culturelle avec les Etats-Unis mais ce n’est pas, loin de là, la seule explication de sa volonté, si active et affirmée, de se rapprocher de l’Amérique. Très attentif aux notes de son conseiller diplomatique, Jean-David Levitte, ancien conseiller de Jacques Chirac et ancien ambassadeur à Washington, il considère, avant tout, que l’isolement et le désarroi dans lesquels se trouvent les Etats-Unis depuis la faillite de leur aventure irakienne offrent une chance historique à la France. Attention ! Ce n’est pas seulement que la sortie de scène de Tony Blair, Silvio Berlusconi et José Maria Aznar ait laissé Georges Bush en quête d’amis européens et que Nicolas Sarkozy ait tout pour occuper cette place. La presse américaine souligne cet aspect des choses. Il est réel mais Georges Bush aura quitté la Maison-Blanche dans quinze mois. Le début de la campagne présidentielle, en janvier prochain, aura bientôt fait de lui un sortant, un « lame duck », un canard boiteux comme disent, là-bas, les politologues, et c’est un plus long terme que voudrait viser Nicolas Sarkozy. Dans l’opinion, la presse et les deux grands partis américains, il voudrait repositionner la France en ami des temps difficiles, celui qui aura été là quand plus grand monde ne l’était et qui pourrait, donc, être écouté, entendu, éventuellement suivi et, donc, peser d’un poids particulier en Europe, lorsqu’il faudra prendre de grandes décisions dans tant de domaines où elles deviennent urgentes. Dans les envolées et les embrassades de ce voyage à Washington, Nicolas Sarkozy ne fait, en un mot, qu’acheter à la baisse, cajoler un perdant dans l’espoir qu’il s’en souvienne quand il aura repris du tonus. Ca marche formidablement bien aujourd’hui. Fabienne Sintes, notre correspondante à New York, nous faisait entendre, hier, à quel point la France a désormais la cote aux Etats-Unis mais le vrai succès de cette politique se jouera sur la durée, pas dans l’instant. Dans les circonstances actuelles, il est aisé, quelques gestes y suffisent, de se faire aimer et complimenter à Washington. Il n’est pas vain de s'y employer mais, pour que les fruits passent la promesse des fleurs, encore faut-il avoir un langage, des idées à proposer – en un mot, une diplomatie. C’est là qu’est la clé de tout et, là, beaucoup de travail reste à faire car on ne sait pas encore bien ce que Nicolas Sarkozy souhaite faire entendre sur la scène internationale. Il voudrait échanger un retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan contre l’affirmation d’une Europe de la Défense. Il voudrait unir les deux rives de la Méditerranée dans une coopération économique et politique. Oui… Très bien mais ces ambitions ne sont qu’esquissées et la France est très inaudible, grésillante, confuse, sur l’Iran, l’Irak, la Russie, l’Europe elle-même. C’est pour cela que le discours que Nicolas Sarkozy prononce, cet après-midi, devant le Congrès, sera si important.

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