C’est en début d’après-midi, ce soir heure française, que Barack Obama précisera ses intentions. Avec une crise boursière que les perspectives de récession ne cessent d’amplifier, tout lui commandait d’annoncer sans plus attendre avec qui il entendait gouverner et ce que seraient ses priorités. Il a choisi de le dire devant la presse, de n’esquiver, donc, aucune question. C’est le signe qu’il sait ce qu’il veut faire, qu’il a commencé d’y réfléchir bien avant sa victoire et, de fait, plusieurs de ses options sont déjà claires. Première certitude, malgré l’ampleur de sa victoire et bien que les Démocrates aient considérablement renforcé leur majorité au Congrès, le président élu ne veut pas s’appuyer que sur des hommes de son camp et moins encore placer des amis politiques à tous les postes clé. Ses fidèles figureront, bien sûr, dans son équipe, à la Maison-Blanche avant tout. Ils en constitueront la jeune garde mais certains des collaborateurs de Bill Clinton devraient également revenir aux responsabilités et Barack Obama fera même appel à des Républicains modérés, de l’aile dite « réaliste » du parti conservateur. Cette volonté d’ouverture, comme on dirait en France, tient au fait qu’il sait qu’il reste un Ovni pour tout l’establishment américain, qu’il se doit rassurer aussi bien son propre parti auquel il a été imposé par les primaires que le centre qui l’a préféré à John McCain mais pourrait vite rebasculer à droite, aux premières difficultés. Homme neuf, sans beaucoup de vrais alliés, Barack Obama veut tenter de susciter autour de lui une sorte d’union nationale, à la fois se trouver des relais dans sa majorité parlementaire et donner des gages au centre droit car il n’aura pas que des mesures populaires à prendre et souhaite profiter de la crise pour introduire de profondes réformes. Il veut augmenter la pression fiscale sur les plus riches afin de pouvoir la réduire sur les classes moyennes. L’un dans l’autre, cela devrait pouvoir se faire sans trop de remous mais il veut aussi placer les Etats-Unis en première ligne du combat contre le réchauffement climatique, ce qui sera beaucoup moins consensuel, surtout dans de telles difficultés économiques. Il veut le faire par conviction, parce qu’il pense que la « planète est en danger » comme il l’a répété mardi soir, mais parce qu’il considère, aussi, que le développement d’énergies nouvelles et la réduction de la dépendance pétrolière des Etats-Unis sont des impératifs de sécurité nationale et de modernisation industrielle. L’Amérique n’est plus loin d’en être convaincue mais il faudra lui faire accepter d’en payer le prix. Non seulement Barack Obama a des sacrifices à demander aux Américain mais il veut, parallèlement, augmenter le déficit budgétaire pour pratiquer une politique de relance par la demande en investissant dans les infrastructures, les écoles et les hôpitaux. Chacun sait, même les libéraux, que c’est le seul moyen de dépasser la crise et que cela répond à de vrais besoins mais pour ce coup de barre à gauche, pour ce retour de l’Etat, il lui faut la caution du centre et d’une partie au moins des conservateurs.

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