La semaine internationale sera iranienne. Elle le sera, d’abord, car l’AIEA, l’Agence internationale pour l’énergie atomique, diffusera mercredi un rapport qui prouverait – de façon « accablante », disent les Occidentaux – que le programme nucléaire de l’Iran viserait bel et bien à le doter de la bombe et ne serait donc pas seulement civil, contrairement à ce qu’affirment ses dirigeants.

Les Etats-Unis et l’Union européenne devraient en conséquence demander au Conseil de sécurité un renforcement immédiat des sanctions économiques contre la République islamique. Il s’ensuivra de difficiles débats avec la Chine et la Russie mais là n’est pas l’essentiel car, avant même la diffusion de ce rapport, Israël, pays que l’Iran veut rayer de la carte, a fait monter la tension en laissant comprendre qu’il envisagerait maintenant un bombardement préventif des installations iraniennes.

Il se peut qu’Israël ne veuille par là que prêter la main aux Occidentaux en les aidant à plaider devant le Conseil de sécurité que l’alternative n’est pas entre le statu-quo et de nouvelles sanctions mais entre leur renforcement et la déstabilisation régionale qu’induirait une action militaire israélienne. Peut-être ne s’agit-il, autrement dit, que d’une gesticulation diplomatique qui pourrait avoir été secrètement coordonnée avec les Etats-Unis. C’est d’ailleurs ce que les dirigeants iraniens font mine de penser mais le fait est, aussi, que jamais les mises en garde israéliennes n’avaient été aussi explicites et que les arguments des partisans, israéliens mais également saoudiens, de frappes préventives ne sont pas moins forts que ceux de leurs adversaires.

Si leurs installations nucléaires étaient bombardées, les Iraniens ne se contenteraient sans doute pas de protestations verbales. Ils pourraient ne pas hésiter à bloquer le détroit d’Ormuz, verrou maritime par lequel transitent près d’un tiers du commerce mondial du pétrole. L’économie internationale en serait si gravement affectée qu’une escalade militaire ne serait pas impossible et, parallèlement, les Iraniens auraient tous les moyens d’utiliser leurs amis du Hezbollah libanais pour lancer une attaque de missiles contre Israël et frapper Tel Aviv, sa capitale économique. Plus grave encore, la tentation serait alors grande pour le régime syrien d’essayer de se sortir d’une crise intérieure qui ne fait que s’aggraver en décrétant la mobilisation nationale contre Israël et engageant, à son tour, des hostilités.

Des frappes israéliennes contre l’Iran auraient tout du scénario catastrophe. On ne sait pas jusqu’où elles pourraient mener. C’est pour cela que, France en tête, les pays européens y sont aussi résolument hostiles que la majorité des dirigeants américains mais que se passerait-il, à l’inverse, si l’Iran parvenait à se doter de la bombe ? La réponse est que l’Arabie saoudite et la Turquie s’en doteraient à leur tour, que la non-dissémination nucléaire deviendrait vite un souvenir et que, compte tenu de l’instabilité de la région et du régime iranien, les dangers pesant sur le Proche-Orient seraient décuplés. Ce n’est pas, non plus, une chose qui puisse être prise à la légère et c’est pour cela que les mises en garde israéliennes ne relèvent peut-être pas que du bluff.

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