Avec un chômage qui reste élevé et une croissance qui demeure faible, Barack Obama aurait dû perdre cette élection. C’eut été la logique de la vie politique d’un pays où les indépendants, les électeurs qui ne s’identifient à aucun des deux grands partis, font la décision et la font sur l’état de l’économie quelle que soit la situation dans laquelle le président sortant l’avait trouvée, quel qu’ait été, en l’occurrence, le krach de 2008 dont il a sorti le pays, mais dans cette seconde campagne, l’atout de Barack Obama, un atout majeur, aura été la droitisation des Républicains.

Mitt Romney aura eu beau se recentrer, opérer un tête-à-queue depuis septembre et revenir sans doute à ce qu’il est vraiment, les huit mois de surenchères à droite auxquelles les primaires républicaines avaient donné lieu ont manifestement choqué, voire effrayé, une grande partie des électeurs, notamment des femmes et des Hispaniques, et c’est la bonne nouvelle de ce scrutin.

L’Amérique n’a pas voulu donner la victoire à un parti qui s’était autant radicalisé. L’Amérique a mis un haut-là à la dérive de sa droite et clairement approuvé le rôle économique de l’Etat aussi bien dans le sauvetage de l’industrie américaine que dans l’appui aux régions sinistrées par l’ouragan de la semaine dernière mais, victoire ou pas, ce deuxième mandat de Barack Obama pourrait bien n’être pas plus facile que le premier.

Victoire présidentielle ou pas, il se retrouve, comme il l’était depuis deux ans, face à une Chambre des Représentants dont les Républicains ont conservé le contrôle bien qu’ils n’aient pas repris celui du Sénat, et deux scénarios sont ainsi possibles. Dans l’un, la droite de la droite ne perd pas son emprise sur les élus républicains et les quatre années qui viennent seraient alors marquées par une guérilla permanente entre la Maison-Blanche et la Chambre qui paralyserait l’exécutif américain, avant tout sur les questions budgétaires et la réduction du déficit. C’est le scénario noir. Il est parfaitement plausible mais on peut imaginer aussi que les Républicains modérés s’insurgent contre l’extrême-droite, contre ce Tea party dont de nombreuses figures ont mordu la poussière hier, qu’ils veuillent recentrer leur parti et cherchent en conséquence des compromis avec le président.

C’est ce qu’on veut croire à la Maison-Blanche. C’est sur ce scénario qu’on y parie mais, même dans ce cas-là, tout se négociera, et sans cadeaux. Sur sa scène intérieure, ce sont de rudes années qui attendent Barack Obama alors même qu’il aura de difficiles décisions à prendre sur la scène extérieure.

A l’international, il aura à décider ou pas de vraiment engager les Etats-Unis aux côtés de l’insurrection syrienne ; à hausser le ton contre l’Iran et, si nécessaire, à bombarder ses sites nucléaires, pour l’empêcher d’accéder à la bombe et il lui faudra enfin – ce ne sera pas le plus facile – contraindre le Premier ministre israélien à accepter une relance du processus de paix. Sur aucun de ces trois dossiers, l’Amérique ne pourrait échouer sans signer un recul de son influence internationale mais tous trois sont inextricables et Barack Obama devra, d’abord, affirmer sa victoire.

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