L’enquête avait été publiée le matin même. Quelques 40 journaux révélaient comment le Luxembourg, Etat fondateur de l’Union européenne et dont l’ancien Premier ministre, Jean-Claude Juncker, vient de prendre les rênes de la Commission, avait permis à plus de trois cents entreprises multinationales de considérablement alléger leurs impôts en les payant sur son territoire.

Il était ainsi avéré que le Grand-Duché s’était livré à un dumping fiscal de grande ampleur dont les perdants étaient, notamment, d’autres pays de l’Union, ses partenaires privilégiés. Cela faisait, et pour cause, du bruit, beaucoup de bruit en Europe et dans le monde et à Bordeaux, ville où étaient organisés deux jours de débats sur l’Europe ouverts à tous les habitants de la région, cette enquête suscitait des discussions passionnées.

Plutôt sonnés, les défenseurs de l’unité européenne accusaient le coup. Ses adversaires voyaient là une justification supplémentaire à leur europhobie. « Vous voyez bien que… - Mais non ! - Mais si ! ». Ca chauffait plutôt dans les couloirs de ces rencontres mais qu’en est-il en fait ?

Il en est simplement, qu’aussi totalement éhontées et inacceptables qu’elles soient, ces pratiques n’ont rien d’illégal. Preuve est désormais faite que le Luxembourg s’y livrait - et s’y livre encore - mais l’Irlande et les Pays-Bas en font tout autant et, membres de l’Union ou pas, beaucoup d’Etats, de petits Etats le plus souvent, ont pour politique revendiquée de n’imposer les société qu’à des taux très bas afin de détourner vers eux des recettes fiscales, certes modestes mais auxquelles ils n’auraient pas pu prétendre autrement.

Cela s’appelle la concurrence, une concurrence détestable dès lors qu’elle conduit à appauvrir les Etats, autrement dit des sociétés entières dont les infrastructures dépendent de la redistribution par l’impôt. Jamais ces pratiques n’ont été aussi répandues que depuis le triomphe mondial du néo-libéralisme dans les années 80. C’est un scandale moral et politique, une totale absurdité aussi car lorsque les Etats n’ont plus les moyens d’assurer une éducation, des moyens de transports et des systèmes de santé dignes de ce nom, c’est tout l’économie qui en souffre et les entreprises au premier chef.

Il n’y a là qu’un court-termisme imbécile mais le scandale des scandales est que cela puisse se pratiquer aussi au sein de l’Union et même de la zone euro et la question est ainsi de savoir comment une telle chose est possible.

La réponse est que la fiscalité, comme d’ailleurs les systèmes de protection sociale, continuent de relever non pas de l’Union mais des seuls Etats membres qui restent libres d’en fixer le niveau et tiennent à conserver cette prérogative. Nous avons une monnaie commune mais pas de fiscalité commune. C’est une complète aberration mais à tous ceux qui la dénoncent, la réponse est la même, toujours la même : souveraineté nationale.

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