Après la nouvelle violation de l’accord par l’Iran, pour protester contre les sanctions américaines, l’accord de 2015 est un mort en sursis. La France tente une nouvelle fois de le sauver.

Le Président iranien Hassan Rohani a annoncé une nouvelle étape dans la reprise du programme nucléaire iranien.
Le Président iranien Hassan Rohani a annoncé une nouvelle étape dans la reprise du programme nucléaire iranien. © AFP / Iranian Presidency / Handout / ANADOLU AGENCY

Le problème avec la stratégie « retenez-moi ou je fais un malheur », c’est que si personne ne bouge, le malheur finit par arriver. On n’en est pas encore là, mais c’est ce qui est train de se produire autour du nucléaire iranien. Téhéran a franchi ce matin une nouvelle étape dans la reprise de son programme nucléaire en relançant la production d'uranium enrichi dans l'usine souterraine de Fordo, en violation de l’accord international conclu en 2015, un accord en sursis, en attendant le coup de grâce.

Il y a deux « coupables » dans l’opération de démolition de ce Traité qui avait été salué, en son temps, comme un modèle de diplomatie permettant d’éviter une catastrophe globale. 

La première responsabilité est celle de Donald Trump, qui, pour se démarquer de son prédécesseur, s’en est retiré l’an dernier, puis a imposé de sévères sanctions contre l’Iran, à portée universelle ; Mais l’Iran a lui aussi sa part en se mettant en infraction pour pousser la communauté internationale à réagir. Cette stratégie ne marche pas, et Téhéran s’expose désormais aux conséquences de ces infractions.

La diplomatie française a bien tenté fin août au G7 de Biarritz, puis à l’ONU en septembre, de faciliter une désescalade entre Washington et Téhéran. Elle a été à deux doigts d’aboutir, mais l’Assemblée générale de l’ONU, à laquelle participaient Donald Trump et le président iranien Hassan Rohani, restera comme une occasion manquée, peut-être la dernière.

Emmanuel Macron, de retour de Chine, autre signataire de l’accord sur le nucléaire iranien et autre pays agacé à la fois par les prétentions américaines et la surenchère de Téhéran, a décidé de relancer sa médiation. Il doit s’entretenir dans les prochains jours avec Donald Trump et Hassan Rohani, afin de plaider pour un arrêt d’une escalade qui ne peut que mal se terminer, dans une région déjà minée par les conflits.

La France demande à l’Iran de renoncer à ses violations de l’Accord qui n’auront pas d’autre effet que de déclencher les procédures d’infraction et isoler un peu plus Téhéran ; et elle pousse Donald Trump à alléger les sanctions qui visent à étrangler l’Iran, mais ne font en réalité que souffrir sa population et renforcer les durs du régime. Paris voudrait remettre en selle le président Rohani et son ministre des Affaires étrangères Zarif, aujourd’hui affaiblis.

L’expérience des derniers mois n’est guère encourageante pour la suite. Donald Trump est empêtré dans sa procédure de destitution, il ne fera de concessions que s’il y trouve un avantage électoral. 

Quant à l’Iran, en plus des sanctions, il voit ses positions régionales contestées par les soulèvements populaires au Liban et en Irak. La fuite en avant des durs de Téhéran n’augure pas d’un quelconque assouplissement. D’autant que la Russie, déjà alliée de l’Iran en Syrie, semble choisir de le soutenir dans cette nouvelle crise. 

Inexorablement, l’Iran s’approche donc du point de non-retour, avec tout ce que ça implique. Si la désescalade se révèle impossible, ce sera un échec collectif dont nous mesurons encore mal les conséquences.

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