L’idée européenne progresse en France. C’est l’enseignement, clair, net, évident d’un sondage effectué par BVA pour Le Monde et France Inter et dont il ressort que la construction européenne est aujourd’hui une « source d’espoir » pour 61% des Français, près des deux tiers de la population. Moins d’un tiers des Français, 29%, y voient, à l’inverse, une « source de crainte » ce qui dénote une importante évolution par rapport au référendum de Maastricht, en 1992, lorsque la France s’était partagée en deux et que le « oui » à l’euro ne l’avait emporté que d’un cheveu. A l’époque, une moitié de la France refusait l’abandon du franc mais aujourd’hui, treize ans plus tard, 72% des Français se disent favorables à l’adoption d’une Constitution européenne et 71% à la création d’une armée européenne, une progression de dix et six points par rapport à 1999, il y a quatre ans seulement. Non seulement le regard des Français sur l’Europe a changé mais cette évolution s’accélère à tel point que, si la préférence française va toujours à une Europe des Etats (59%) contre une Europe fédérale (32%), 56% des Français sont désormais partisans d’une élection d’un Président de l’Europe au suffrage universel. Or qui dit, en France, Président élu dit pouvoir exécutif procédant de l’électorat, très exactement ce que souhaitent les partisans du fédéralisme. Ce n’est ainsi pas seulement sur l’ambition européenne mais aussi sur la nature de l’Europe à construire que les choses bougent en France. L’idée fédérale progresse avec l’idée européenne. Au départ très minoritaire et encore plus difficile à plaider, le fédéralisme finit par faire son chemin dans un pays dont l’appréhension des problématiques européennes s’est profondément améliorée. C’est compliqué l’Europe. C’est même rébarbatif tant ses institutions sont nouvelles, complexes, toujours en devenir, car toujours fruits de compromis âprement négociés mais, dans ce sondage, le nombre de ceux qui ne savent pas choisir entre des options européennes, est très faible et de moitié moindre, surtout, qu’il y a quatre ans. Non seulement les idées se fixent mais 44% des Français souhaiteraient que leurs responsables politiques leur parlent plus de l’Europe au lieu, ajoutera-t-on, de les croire trop bêtes ou pas assez avertis pour s’y intéresser. Alors ? Bataille gagnée ? Affaire entendue ? Non, bien sûr, très loin de là et cela pour deux raisons majeures. La première est que ce sondage confirme que les lignes de fracture sur l’Europe ne traversent pas l’échiquier politique mais les classes sociales. Mieux on est formé, plus on est à même de s’adapter aux changements du monde, plus on voit un espoir en l’Europe et l’inverse. C’est dans les milieux socialement les plus fragiles que l’Europe fait le plus peur car lorsqu’on est en situation précaire on préfère, et c’est absolument logique, un tiens à deux tu l’auras. Porteuse de radicalisations aux extrêmes, cette fracture est redoutable. Quant au second problème, les divisons entre Européens, vous l’abordez, Stéphane, à 8H20, avec l’invité de France Inter, Valéry Giscard d’Estaing.

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