Lorsque, malgré la mobilisation des pouvoirs publics américain et européen, les bourses s’écroulent, sur tous les continents, une question s’impose. Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Y a-t-il encore un pilote capable de négocier l’atterrissage et cette question dominait, hier, à Evian, la Conférence sur la politique mondiale organisée par l’Institut français des relations internationales. On se la posait dans les couloirs, dans tous les ateliers de discussion et, tout particulièrement, dans celui qui planchait sur la « gouvernance » du monde, son organisation et ses institutions supranationales. L’écart, disait un diplomate français qui vient juste de quitter les Nations Unies, ne cesse de s’accroître entre les objectifs des grands acteurs de la scène internationale qui ne voient plus du tout le monde de la même manière. Vu d’Europe ou des Etats-Unis, expliquait-il par exemple, l’Iran est un Etat irrationnel, dangereux, alors que vu par lui-même, de Téhéran, c’est le plus vieux, le plus solide et le plus organisé des Etats du Proche-Orient, un pays qui voit, autour de lui, l’Afghanistan plonger dans le chaos, l’Inde et le Pakistan s’être doté de l’arme nucléaire sans que personne ne s’en émeuve et qui se dit, tout simplement : pourquoi pas moi ? L’Occident continue, autrement dit, de regarder le monde comme s’il l’organisait encore alors que, non, le monde s’organise sans lui, autour de nouveaux équilibres régionaux dans lesquels pèsent de nouvelles puissances qui s’affirment sans se soucier d’anciennes puissances, toujours fortes mais désormais incapables d’imposer leurs volontés sur les cinq continents. Dans cette transition, disait-il, il n’y a pas de consensus possible sur les institutions et les règles qui pourraient canaliser le chaos du monde, sur cette fabrication d’un futur indéfini dont on ne sait pas encore ce qu’il sera. On pourrait, disait-il, se décider à élargir le Conseil de sécurité aux grands pays émergents. Ce serait plus réaliste qu’un statu quo datant de la fin de la Seconde guerre mondiale mais, en admettant même qu’on y arrive, ajoutait-il aussitôt, on ne ferait qu’alourdir un peu plus le fonctionnement des Nations Unies, que les paralyser plus encore car il n’y a plus même de consensus sur les objectifs à atteindre, même dans l’idéal. Le problème est que toutes les institutions internationales existantes ont été fondées sur les rapports de force issus de la dernière guerre, qu’elles se sont, ensuite, réorganisées autour de la division du monde en deux blocs puis sur l’absolue prééminence des Etats-Unis et que rien de tout cela n’est plus depuis que le monde a tant changé tandis que le bloc soviétique implosait et que l’Amérique perdait sa crédibilité dans l’aventure irakienne et, maintenant, la faillite de Wall Street. Le monde est devenu anarchique et un grand universitaire russe n’avait pas tort, hier, de dire qu’il est dans l’état de l’Europe au XVIII° siècle, lorsqu’un équilibre se cherchait entre les grandes puissances avant de se trouver, si provisoirement, au XIX°. Nous sommes, disait-il, dans un avant-guerre et cette affirmation a laissé le malaise qu’on imagine.

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