Sitôt, dans quelques mois, que le traité de Lisbonne sera entré en vigueur, l’Union aura un président. Ce ne sera pas un président à la française ou à l’américaine, un chef d’Etat élu un suffrage universel. Désigné, lui, au suffrage indirect, par le Conseil européen, l’assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement, il sera plutôt le représentant et le porte-parole de ces 27 hommes et femmes qui conservent l’essentiel des pouvoirs en Europe mais l’attribution de ce poste n’en suscite pas moins de féroces batailles. Ce n’est pas tant que beaucoup de candidats, de grands noms de la politique européenne, voudraient devenir le premier président de l’Union et entrer ainsi dans les manuels d’histoire. Ils s’agitent, cherchent des appuis, voyagent, mais ce ne sont pas les ambitions personnelles qui comptent là. Ceux qui décideront sont les 27 membres du Conseil et il n’y a que trois choses qui leur importent dans cette élection. Tous, d’abord, seraient flattés – et c’est normal – que ce poste revienne à leur pays mais encore faut-il qu’ils aient un candidat de poids à avancer et que cet homme ou cette femme ne leur fasse pas d’ombre sur leur échiquier intérieur. Cela restreint le choix et vient, ensuite, une deuxième préoccupation, tout aussi logique, qui est de ne pas appuyer une personnalité de gauche si l’on est de droite ou de droite, si l’on est de gauche. Le choix en est encore restreint et puis, enfin, il y a la principale préoccupation des 27 chefs d’Etat et de gouvernement, qui est de ne pas élire une personnalité suffisamment forte pour imposer sa fonction en s’imposant lui-même puisque leur crainte commune, à la seule exception des dirigeants belge, néerlandais et luxembourgeois, est que les institutions européennes puissent prendre le pas sur leurs institutions nationales et, donc, amoindrir leur prééminence, personnelle et collective. Si peu de gens passent ces trois filtres que la personne la plus citée depuis des mois est Tony Blair. De gauche puisque travailliste mais inventeur de la troisième voie social-libérale, il a l’avantage de pouvoir être accepté par la droite comme par la gauche. Il est assez éloigné de toute vision fédéraliste pour ne pas inquiéter les Etats membres. Tony Blair avait un parfait costume de compromis sans saveur, ce genre de plats insipides que cuisinent les marchandages intergouvernementaux et dont l’idée d’Europe souffre tant, mais tout de même ! Tout de même, l’Europe va se doter d’un président et le premier qu’elle choisirait serait un homme qui a soutenu la guerre d’Irak et appuyé les efforts de division de l’Union par l’administration Bush, qui n’a jamais rien fait quand il était Premier ministre pour faire progresser l’idée européenne en Grande-Bretagne et dont le pays se tient à l’écart de l’euro ? Il y aurait, là, un tel paradoxe, une telle gêne, une telle honte en fait, que les trois pays du Benelux ruent dans les brancards et qu’un malaise grandit. L’affaire n’est pas réglée mais, si ce n’est pas Blair, qui ?

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