Le fédéralisme, on le constatait hier, s’inscrit maintenant au cœur du débat politique. Prôné de longue date par les Verts et les centristes, il est maintenant défendu par l’ensemble des gauches européennes et progresse à droite mais quelles sont ses chances de s’imposer, à quel rythme et comment ?

Ce n’est à l’évidence pas une affaire de mois ou d’années. L’Union européenne ne deviendra pas du jour au lendemain les Etats-Unis d’Europe chers à Victor Hugo. Il y faudra au moins une génération, deux sans doute, mais cette longue route s’ouvre aujourd’hui et pas seulement parce que les crises financières qui secouent le monde depuis 2008 ont enfin rendu évidente la nécessité d’un pilotage commun des économies européennes, d’une gouvernance économique de l’Europe à laquelle appellent la Banque centrale européenne, Barack Obama hier encore, l’Allemagne et la France depuis 2009 et également – on l’oublie trop souvent – l’ensemble des 27 et le Parlement européen, aujourd’hui ralliés à ce principe restant à mettre en œuvre.

Il se trouve aussi que l’Union est aujourd’hui largement dominée par des coalitions nationales de droite, que beaucoup de ces majorités sont menacées par le désir d’alternance que suscite la crise, que les gauches ont ainsi de vraies chances d’être bientôt dominantes en Europe et qu’aucune des grandes aspirations de la gauche ne pourrait se concrétiser sans progrès de l’intégration politique. Tous courants confondus, les gauches européennes souhaitent réindustrialiser l’Union pour y faire baisser le chômage et défendre la protection sociale, la doter pour cela de politiques industrielles, harmoniser les fiscalités afin de pouvoir plus lourdement imposer les grandes entreprises et les plus riches sans risquer un dumping fiscal entre les 27, développer l’économie verte et protéger les industries européennes d’une concurrence déloyale en instaurant ce que les uns appellent le protectionnisme européen et d’autres le « juste échange ».

C’est autour de ces idées que se retrouvent les gauches, les Verts et les centre-gauches, les forces montantes de la période, et rien, rigoureusement rien de cela ne peut être vraiment fait sans décisions européennes communes. C’est pour cela que le PSE, le Parti socialiste européen, l’ensemble de la social-démocratie européenne, a adopté un programme commun qui est, de fait, un programme commun de gouvernement européen et que les social-démocraties allemande et française, celles des deux plus grandes puissances de l’Union, ont beaucoup travaillé à ce que seraient leurs démarches communes après les victoires sur lesquelles elles comptent en 2012 et 2013.

Parce que c’est la condition sine qua non de leur action, les gauches européennes vont pousser à plus d’intégration en harmonisant des politiques que les droites ne pourront contester qu’en s’unifiant plus encore et qu’en avançant à leur tour des propositions communes. C’est à l’émergence d’un échiquier politique européen qu’on pourrait bien assister dans les années à venir et, si cela se réalise, le pas suivant sera une union politique, au sein de l’Union européenne, d’Etats désireux d’aller plus loin plus vite. On n’y est pas encore. Très loin de là. Cela prendra du temps mais la voie s’ouvre.

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