Le prochain budget français pourrait être refusé par la Commission européenne. Ce n’est qu’une rumeur mais, outre qu’elle est nourrie par des sources haut placées à Bruxelles, elle est tout à fait plausible car la Commission serait en droit de le faire. On peut même soutenir que ce serait son devoir puisqu’un traité, signé par la France, fait obligation à l’exécutif européen de veiller au respect des plafonds de déficit et d’endettement fixés par le traité de Maastricht, de demander les modifications qu’exigerait ce respect et, le cas échéant, d’imposer des sanctions financières aux Etats qui se déroberaient à leurs engagements. Or ces plafonds, la France s’apprête une fois de plus à s’en affranchir avec un projet de budget 2015 dont le déficit serait de 4,7% du PIB et ne redescendrait pas avant 2017 au maximum de 3% prévu par les traités. Après s’être longtemps montré conciliante avec la France, celle de Nicolas Sarkozy comme celle de François Hollande, la Commission ne pourrait donc pas faire comme si de rien n’était sans encourir la double accusation de ne pas remplir la mission qui lui a été confiée par les Etats membres, dont la France, et de se montrer moins rigoureuse avec un puissant pays qu’elle ne l’a été avec d’autres. Cette rumeur pourrait donc s’avérer à la fin du mois mais cela est tout sauf souhaitable, pour trois raisons. La première est que cela alimenterait l’europhobie montante en France comme dans bien d’autres pays européens car la gauche de la gauche, l’extrême droite et des pans entiers aussi des grands partis ne manqueraient alors pas de dénoncer une violation de la souveraineté nationale par, comme on dit, la « bureaucratie bruxelloise ». La deuxième raison de ne pas souhaiter que cette rumeur s’avère est qu’une telle décision de la Commission serait immanquablement vue, à tort mais c’est ainsi, comme ayant été inspirée par l’Allemagne et que les relations franco-allemandes en souffriraient, dans l’opinion publique en tout cas. Quant à la troisième, elle est que la Commission aurait tort de ne pas entendre les arguments de la France qui sont qu’elle ne pourrait simplement pas réduire plus rapidement son déficit sans risquer une crise socio-politique autrement plus dommageable et sans casser le peu de croissance française et européenne - sans autant nuire, autrement dit, à la France qu’au reste de l’Union. C’est ce que martèlent les dirigeants français. Non seulement on ne peut pas ignorer leurs arguments mais beaucoup d’autres Européens y sont sensibles, notamment en Allemagne où le patronat, les syndicats et la gauche souhaitent, comme la France, un effort commun de relance européenne. Un débat monte dans l’Union et il serait bien inutile de le brouiller et l’enflammer par une application trop mécanique de traités qui autorisent pourtant bien des souplesses.

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