Là, les conservateurs polonais ont reculé...

Eux qui n’avaient pas hésité, depuis leur victoire aux élections d’octobre 2015, à piétiner le Tribunal constitutionnel, le garant du respect de la Constitution, et à imposer leurs hommes et leur ligne à l’audiovisuel public, eux qui se faisaient fort de modeler la Pologne à leur image, n’ont finalement pas osé se mettre les Polonaises à dos, la moitié du pays.

Face à l’ampleur des manifestations de lundi, 100 000 femmes en noir dans les rues, jusque dans les plus petites villes, ils ont finalement renoncé, hier, à durcir encore la législation sur l’avortement En Pologne, on ne peut aujourd’hui interrompre une grossesse qui si elle est le fruit d’un viol ou d’un inceste, que le fœtus est atteint d’une pathologie irréversible ou que la vie ou la santé de la mère sont en danger. C’est l’une des législations les plus restrictives d’Europe mais les conservateurs du parti Droit et Justice, le PiS, la trouvaient pourtant trop permissive et s’étaient donc ralliés à une proposition de loi qui n’autorisait plus l’avortement qu’en cas de danger avéré pour la vie de la femme, uniquement pour sa vie.

Cela revenait à totalement interdire l’interruption de grossesse sauf rarissimes exceptions et la réaction des femmes a été telle, dans tous les milieux et toutes les générations, que les élus et le gouvernement de Droit et Justice ont préféré ne pas risquer la crise politique dont ils étaient effectivement menacés.

Cela change la donne en Pologne puisque c’est la première fois que les conservateurs font machine arrière. Leurs opposants, de gauche, du centre et d’ailleurs, en seront encouragés et ce tournanr vient souigner que, comme aux temps de Solidarité, la Pologne redevient un pays novateur, innovant et qui renouvelle, en l’occurrence, la démocratie.

Dès le lendemain des élections de l’année dernière, alors que les partis défaits par les conservateurs étaient encore assommés par les résultats de la veille, un total inconnu, Mateusz Kijowski, un grand géant au sourire doux, avait lancé l’idée, sur les réseaux sociaux, de créer un Comité de défense de la démocratie, le KOD, non pas un nouveau parti mais un mouvement de citoyens décidés à veiller au respect de la loi, de sa lettre comme de son esprit.

Le succès avait été immédiat, foudroyant car ce mouvement admettait tout le monde en son sein, y compris des électeurs du PiS, partisans de son programme économique mais opposés à ses entorses à la démocratie.

C’est le KOD qui a organisé toutes les grandes manifestations contre l’autoritarisme des conservateurs. C’est le KOD qui a inspiré les protestations des femmes. Le KOD est devenu un phénomène parce qu’il transcende les lignes de clivage traditionnelles, ne combat pas le PiS mais ses violations de la loi et veut réunir la Pologne autour de la défense de l’état de droit et de politiques fondées sur le débat et le consensus.

En Pologne comme partout, les partis sont fatigués mais, plutôt que de se résigner à la montée des nouvelles extrêmes-droites, les Polonais tentent aujourd’hui de réinventer la politique.

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