Faible participation et morcellement généralisé : l’assemblée élue hier vient confirmer la tendance au rejet de la classe politique sortante constatée lors du premier tour de la Présidentielle le 15 septembre. Au risque de rendre la Tunisie ingouvernable.

Électeurs tunisiens devant les affiches des partis : jusqu’au dernier moment, de nombreux Tunisiens désenchantés ont hésité pour qui voter, ou à voter tout court.
Électeurs tunisiens devant les affiches des partis : jusqu’au dernier moment, de nombreux Tunisiens désenchantés ont hésité pour qui voter, ou à voter tout court. © AFP / FETHI BELAID / AFP

La démocratie tunisienne est en panne, et les électeurs sont en train d’infliger un désaveu cinglant à ceux qui ont conduit la Tunisie d’après Ben Ali, depuis la révolution de 2011.

Les élections législatives ont été le reflet de cette panne : un taux de participation très faible, surtout chez les jeunes, et un morcellement du paysage politique qui rendra très difficile la constitution d’une majorité. Aucun parti n’a dépassé les 20%, à commencer par les islamistes d’Ennhadha qui dominaient le parlement sortant, et qui n’obtiendraient que 17% ou 18% des voix, selon les projections d'instituts privés.

Mais ces législatives sont à replacer dans un contexte bien particulier : le 15 septembre se déroulait le premier tour d’une présidentielle anticipée, dont le résultat a représenté un choc. Les représentants des principaux partis ont été écrasés, au profit de deux candidats atypiques qui s’affronteront pour un deuxième tour dimanche prochain.

Les électeurs, mais aussi à leur manière les abstentionnistes, ont rejeté la classe politique qui avait pris la démocratie en otage, selon la formule d’une journaliste tunisienne. Le Premier ministre sortant, Youssef Chahed, en est le symbole : il se voyait en successeur du défunt président Caid Essebsi ; il a dû se contenter de 7% des voix à la Présidentielle, et son parti a subi un échec hier.

Absence de résultats économiques et sociaux, mépris pour les zones défavorisées à l’origine de la révolution, manœuvres politiciennes et querelles de personnes… En une seule législature, la classe politique s’est disqualifiée aux yeux de l’opinion.

Comme dans des démocraties plus mures, les électeurs ont choisi des candidats atypiques à défaut d’être véritablement hors système. Mais ils ont également sérieusement compliqué la tâche des futurs dirigeants, quels qu’ils soient.

D’abord le Président élu le 13 octobre aura-t-il la légitimité nécessaire ?

L’un des deux candidats du deuxième tour, l’homme d’affaires Nabil Karoui, est actuellement en prison pour des accusations de fraudes. Ses demandes de libération se sont heurtées à un refus de la justice, faisant craindre une annulation du scrutin pour défaut d’égalité entre les candidats. Pour y échapper, son rival, le juriste conservateur Kaïs Saïed, a annoncé hier qu’il ne ferait pas campagne pour le deuxième tour.

Mais avec qui le vainqueur gouvernera-t-il ? 

La Tunisie a un système parlementaire, et l’assemblée élue hier est fragmentée. Kaïs Saïed, s’il est élu, veut changer le système et introduire une démocratie directe. Mais pour changer la constitution, il lui faudra une majorité qualifiée qui semble introuvable. Si c’est Karoui qui gagne, passera-t-il directement de la prison au Palais de Carthage ?

On le voit, la Tunisie est à un carrefour de sa courte histoire démocratique. Sa stabilité, ses institutions vont être soumises à rude épreuve. Ses amis dans le monde doivent être à ses côtés pour lui permettre de surmonter ce cap.

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