La Cour de Justice de l’Union européenne a condamné la Hongrie pour la fermeture d’une université, alors qu’un bras de fer avec Budapest se déroule autour de la question de l’état de droit.

Le premier ministre hongrois Viktor Orban, à son arrivée au Conseil européen du 17 juillet à Bruxelles.
Le premier ministre hongrois Viktor Orban, à son arrivée au Conseil européen du 17 juillet à Bruxelles. © AFP / JOHN THYS / POOL / AFP

C’est une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne qui vient à point nommé, alors qu’un débat sur l’état de droit fait rage au sein de l’Union. 

La Cour de Justice, dont on ne dira jamais assez à quel point elle joue un rôle important pour « dire le droit » au sein de cette construction hybride qu’est l’UE, a condamné hier la Hongrie dans un dossier hautement symbolique : la fermeture en 2017 de l’Université d’Europe centrale à Budapest, forcée de se déplacer à grand frais à Vienne. 

C’était la première fois, au sein de l’Union européenne, qu’une université était contrainte de fermer ses portes ; et pas n’importe laquelle : l’Université d’Europe centrale est financée par le milliardaire libéral d’origine hongroise, George Soros, bête noire du premier ministre hongrois Viktor Orban et de l’extrême droite.

La Cour de Justice a estimé que la modification de la loi hongroise qui avait provoqué la fermeture était « incompatible » avec les lois européennes. Une condamnation qui vient s’ajouter aux nombreux contentieux entre Budapest et les institutions européennes.

Des contentieux qui portent sur l’état de droit : Indépendance de la justice, liberté de la presse, détournement des aides européennes…, et la décision de la Cour de Justice survient en plein bras de fer avec Budapest.

Lorsque les 27 ont décidé en juillet dernier du plan de relance de 700 milliards d’euros, une majorité d’États membres ont souhaité que l’allocation des fonds soit conditionnée au respect des règles de droit de l’Union. Le problème est que cette décision doit être adoptée à l’unanimité, et que la Hongrie, qui se sent à juste titre visée, bloque tout.

Věra Jourová, la vice-présidente de la Commission européenne dont le titre est explicite, elle est chargée « des valeurs et de la transparence », vient de lancer un appel pressant aux « 27 » pour qu’ils adoptent la conditionnalité des aides. Faute de quoi, ajoutait-elle, il y avait un vrai risque de problèmes entre les pays-membres.

Le débat est pourtant dans l’impasse entre ceux, notamment au Parlement européen, qui voudraient durcir ces conditions, et ceux qui s’y opposent, Hongrois, mais aussi Polonais et potentiellement d’autres pays tentés par la voie « illibérale ».

Le problème est d’abord politique. Viktor Orban, le premier ministre hongrois, paradoxalement très libéral dans sa jeunesse, et même bénéficiaire d’une bourse de la fondation de George Soros pour aller étudier au Royaume Uni, a théorisé son opposition à Bruxelles, à ses yeux la nouvelle « Moscou ».

Dans un texte publié le mois dernier, traduit et promu par ses diplomates, il revendique son « illibéralisme », souhaite la victoire de Donald Trump, et qualifie d’irréconciliable ses divergences avec les valeurs de l’Union européenne. Cette Europe qui promeut selon lui le « grand remplacement », l’éducation « genrée », et « la propagande arc-en-ciel ».

Mais Viktor Orban est devant une contradiction majeure : il fait partie d’un club dont il n’aime pas les valeurs, mais dont il apprécie les contributions nettes à son budget national ; il les apprécie tellement qu’il ne veut pas s’en priver s’il se mettait en contradiction avec ces valeurs. 

Alors l’heure de la cohérence est peut-être arrivée, l’Union ne peut pas rester soumise au chantage d’un leader qui la vomit, elle doit, au minimum, imposer le respect des règles communes du club.

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