C’est une idée qui couvait depuis longtemps au ministère de l’économie. C’est une idée si simple, facile à comprendre, qui répond à un problème si réel et parait si pleine de bon sens que Nicolas Sarkozy l’a faite sienne, dimanche soir, sur TF1. « Sur les délocalisations, on ne peut pas continuer ainsi et je ferai une proposition très concrète, a-t-il dit. Je proposerai que les pays nouvellement en Europe et qui ont des impôts inférieurs à la moyenne européenne ne soient plus éligibles aux fonds structurels ». Les fonds structurels, un tiers du budget de l’Union, ce sont les sommes que l’ensemble des Etats membres, les quinze, hier, les vingt-cinq bientôt, versent aux régions et aux pays les moins avancées afin de les mettre au niveau général, afin que l’Europe puisse, par là, s’homogénéiser et que le pouvoir d’achat ainsi créé favorise la croissance générale. Dans beaucoup de pays, y compris en France, nombre de régions ont profité de cet effort commun. Ce sont très largement ces fonds qui sont à l’origine du décollage économique de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce et les nouveaux pays entrants tablent, naturellement sur eux. Seulement voilà, la plupart de ces nouveaux membres ont choisi, pour attirer chez eux les investissements dont ils ont besoin, d’imposer les sociétés à des taux largement inférieurs à ceux qu’appliquent les quinze, notamment la France et l’Allemagne. Cette politique a eu pour effet de susciter des délocalisations, surtout allemandes, vers l’Europe de l’Est et pose donc un problème grave et connu. D’où l’idée défendue par Nicolas Sarkozy, plus de fonds structurels pour les pays dont « la pression fiscale est inférieure à la moyenne européenne » car, dit-il en substance, si l’on est assez riche pour baisser ses impôts on ne peut pas demander aux autres de faire des sacrifices pour vous. Cette logique est non seulement fausse mais aussi dangereuse. Elle est fausse car, si ces pays ont choisi cette politique, c’est parce qu’ils sont pauvres, et non pas riches. Elle s’impose à eux. Ils y renonceront d’autant moins que les idées libérales y dominent, qu’on y est convaincu que l’impôt tue la croissance et qu’on n’y est pas encore à penser aux investissements collectifs, luxe de riches, mais à créer de l’emploi, fût-il mal payé et non protégé. Devant cette réalité, il n’y a qu’un moyen de parvenir à une meilleure harmonie fiscale dans l’Union. Il est de ne pas mégoter sur les fonds structurels, de dire à ces pays que la solidarité européenne peut les dispenser de ce dumping fiscal, mais la France compte parmi les Etats qui ont exigé, en décembre dernier, un gel du budget européen. Nous voulons, en fait, le beurre et l’argent du beurre. Nous nous faisons brutaux, égoïstes, maîtres chanteurs en vérité et, pire que tout, avec cette fausse bonne idée, nous venons de nous faire, d’un coup, dix ennemis pour une proposition qui n’a rigoureusement aucune chance d’être adoptée car ce sont vingt-cinq pays qui décident dans l’Union, pas la France seule qui vient, là, de jouer contre ses intérêts.

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