Malgré le déblocage des stocks, malgré la détente qui s’est ensuivie sur les prix, les Américains sont inquiets. Ils craignent de manquer d’essence ou que les prix ne repartent à la hausse maintenant que s’ajoute à l’envolée des cours, le coup porté aux plateformes pétrolières du golfe du Mexique. En plusieurs points du pays, pas seulement dans les régions touchées par le cyclone, des ruptures d’approvisionnement se sont produites, suscitant des queues devant les pompes et incitant les consommateurs à faire le plein. Dans de telles situations l’inquiétude peut vite nourrir l’inquiétude mais ce n’est pas le seul problème auquel sont maintenant confrontés les Etats-Unis. La dévastation de la Nouvelle-Orléans a jeté à la rue plus de 300 000 personnes, dispersées dans les Etats voisins et qui ne peuvent espérer retrouver avant longtemps un toit et un travail dans leur ville. Ces personnes n’ont pas d’économie, souvent pas d’assurance, et sont très majoritairement noires car la Nouvelle-Orléans était une ville pauvre et noire. Cela signifie qu’il faudra tout à la fois débloquer des aides importantes, trouver des emplois et des écoles, éviter la création de nouveaux ghettos et prévenir toute tension raciale dans les villes d’accueil alors que les équilibres entre communautés demeurent extrêmement fragiles aux Etats-Unis. Cela va demander beaucoup d’argent alors que la reconstruction des régions frappées va encore peser sur le déficit budgétaire créé par les baisses d’impôt et la guerre d’Irak. Cela va surtout demander un climat de confiance politique et une capacité de mobilisation nationale alors que l’aura du Président, déjà en baisse depuis plusieurs mois, n’a pas été rehaussée par l’impéritie que vient de montrer son équipe. Les conséquences économiques, psychologiques et politiques de cette catastrophe et de la manière dont elle a été gérée sont, autrement dit, à venir. C’est dans quelques mois qu’elles se feront le plus durement sentir, au début de l’année prochaine, au moment même, donc, où la Maison-Blanche devra se résoudre - elle s’y prépare déjà - à procéder à d’importants rappels de troupes d’Irak alors que rien n’aura été réglé dans ce pays. Avec une presse et, avant tout, des télévisions que l’humiliation nationale fait sortir de l’unanimisme patriotique régnant depuis le 11 septembre, Georges Bush devra, en un mot, faire face en même temps à un fiasco de politique étrangère, à de loures difficultés intérieures et, peut-être, ce n’est pas improbable, à une dégradation de la situation économique. Comment s’en sortira-t-il ? Comment les élus républicains se comporteront-ils vis-à-vis de lui alors que l’Irak a déjà suscité des dissidences dans leurs rangs et que la totalité des représentants et un tiers des sénateurs sont soumis à réélection en novembre 2006 ? Comment évolueront les Etats-Unis d’ici à la prochaine présidentielle ? Impossible à prédire mais la certitude est qu’une incertitude américaine s’ajoute à celles de l’Europe, de la Russie et du Proche-Orient.

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