L’Union européenne pourrait bientôt décider de prendre des « sanctions additionnelles » contre l’Iran, d’adopter, autrement dit, comme les Etats-Unis, ses propres mesures de pression économiques qui viendraient s’ajouter aux sanctions déjà décrétées par le Conseil de sécurité. La France et la Grande-Bretagne y poussent. L’Italie n’est pas chaude. L’Allemagne hésite encore. L’unanimité n’est pas faite mais ce tournant se prend car les capitales occidentales ne veulent pas laisser la République islamique progresser dans sa maîtrise de l’enrichissement de l’uranium tandis que les débats du Conseil de sécurité s’enlisent. Ce n’est pas qu’il soit divisé sur le fond. Aucun de ses cinq membres permanents ne veut que l’Iran puisse être, un jour, en situation de se doter de la bombe mais, dans cette affaire, ni la Russie ni la Chine ne veulent faire bloc avec les Occidentaux car elles entendent, l’une et l’autre, affirmer leur diplomatie et se préserver des marges de manœuvre sur la scène internationale pour y défendre leurs intérêts. Face à l’Europe et l’Amérique qui souhaiteraient faire régulièrement monter la pression sur Téhéran, elles jouent donc la montre, freinent les délibérations et voudraient reporter, maintenant, toute nouvelle décision au début de l’année prochaine au motif que l’Iran vient de s’engager à fournir d’ici décembre de nouvelles explications à l’Agence internationale de l’énergie atomique. Jusqu’à présent plus prudente que les Etats-Unis, l’Europe s’en inquiète et car elle a le sentiment, justifié, que la politique de sanctions à laquelle elle avait convaincu Washington de se rallier donne des résultats. Les économistes et les milieux d’affaires iraniens sont inquiets et multiplient les avertissements. L’augmentation du prix de l’essence a provoqué, avant l’été, des scènes de violence à Téhéran et les divisions du régime, surtout, sont de plus en plus ouvertes et marquées par un isolement grandissant des plus radicaux. Les Européens veulent accroître la pression car la certitude est qu’une intervention militaire serait contreproductive et extrêmement risquée. Le Proche-Orient n’a pas besoin d’une nouvelle guerre. Même la Maison-Blanche en est consciente mais le problème est que les sanctions ne donneront pas de résultats à elles seules. Il faut le bâton et la carotte, pas le bâton seul et le tort des Occidentaux, Américains et Européens, est de ne pas donner à voir à l’Iran qu’ils seraient prêts à un accord global avec lui s’il renonçait à tout ambition nucléaire - un accord économique, bien sûr, mais également politique, reconnaissant à l’Iran son rôle et sa place de puissance régionale. Ce serait d’autant plus sage, et urgent, que l’instabilité croissante du Pakistan et de l’Afghanistan pourrait vite devenir autrement plus inquiétante que les ayatollahs.

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