Légitime et nécessaire, le débat monte et risque de s’enflammer. En France, Martine Aubry vient de demander que la question de la présence française en Afghanistan soit « reposée » après que la mort de deux hommes du 3ième Régiment d’infanterie de marine eut porté, à la fin de la semaine dernière, le bilan des pertes françaises à 31 soldats depuis 2001. La première secrétaire du PS n’a pas hésité à parler d’un « bourbier », le mot qu’employaient les opposants américains à la guerre du Vietnam, et c’est un malaise à peine moins grand que les ministres européens des Affaires étrangères laissent maintenant voir. Réunis vendredi et samedi à Stockholm, au lendemain d’un raid aérien qui aurait fait plusieurs dizaines de victimes civiles – 90 selon le président afghan - les 27 ministres de l’Union n’ont pas fait que violemment critiquer cette "erreur" de l’Otan, cette « catastrophe » disait le chef de la diplomatie luxembourgeoise. Ils ont, surtout, exprimé leur volonté de désormais conditionner le maintien des troupes européennes aux engagements politiques que prendrait le vainqueur de la présidentielle afghane du 20 août, que ce soit, comme de plus en plus probable, le sortant, Hamid Karzaï, ou son principal adversaire, Abdullah Abdullah. Il faut que l’Afghanistan ait un « gouvernement non corrompu », a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana tandis que le ministre italien exigeait, lui, un « contrat » car le moment est venu que celui qui sera proclamé gagnant, a-t-il dit, s’engage à des changements. Les Européens n’en sont pas à parler, loin de là, de retrait mais ils ne voient plus, dans la situation présente, où ils vont. Ce n’est pas que cette guerre soit déjà perdue mais Georges Bush s’était si bien désintéressé de l’Afghanistan après le renversement des Taliban, il avait si bien consacré à son aventure irakienne les hommes et l’argent qui auraient été nécessaires à la stabilisation et la reconstruction de ce pays, que les Taliban ont repris le contrôle de plus de la moitié du territoire, que les écoles, les routes, les hôpitaux que les Afghans espéraient sont largement restés en projets et que cette intervention est devenue impopulaire. Tout va si mal en Afghanistan que le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, admettait, jeudi, que les Etats-Unis ne disposaient plus que d’un « temps limité » pour convaincre les Américains de poursuivre cette guerre alors que 60% d’entre eux y sont déjà opposés, comme les deux tiers des Allemands. Il y a urgence à ce que les Etats-Unis et l’Otan définissent une nouvelle stratégie, ne reposant plus sur les raids aériens mais la reconstruction du pays, région par région. Tout est à revoir et si cela n’était pas fait vite et avec succès, un retrait précipité deviendrait inéluctable. Il y aurait, alors, de quoi vraiment s’inquiéter car ce serait la porte ouverte à une victoire des islamistes les plus radicaux et, derrière eux d'Al Qaïda, non seulement en Afghanistan mais également au Pakistan limitrophe, puissance nucléaire de 150 millions d’habitants.

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