Humainement parlant, comme dans tout drame, il y a de belles choses, et même magnifiques, et d’autres… qui le sont moins. Il y a ces cinquante Viennois qui ont pris le volant, ce week-end, pour aller à la rencontre de réfugiés, leur apporter de quoi manger et les faire monter dans leur voiture. Il y a ce Syrien en larmes qui murmure, dans la gare de Munich : « Les gens sont tellement bien. Ils nous traitent comme des êtres humains, pas comme chez nous » ou ces volontaires, en gare de Francfort, chantant « Voilà la solidarité humaine » sous les applaudissements de la foule. Il y a le grand rabbin de France, Haïm Korsia, qui appelle à ne pas fermer nos portes à nos « frères humains » et le pape, surtout, toujours plus chrétien, tout bonnement chrétien, qui presse chaque paroisse d’Europe d’accueillir une famille de réfugiés.

Il y a, à l’inverse, ces dirigeants tchèques qui ne trouvent rien de mieux à faire que de lancer une « pétition contre l’immigration » mais, politiquement parlant, l’essentiel serait de mettre fin à ce conflit syrien et on n’y est pas, pas du tout.

Ce n’est pas que rien ne bouge. Il y a de nouveau, comme au début de la guerre, un consensus international qui s’esquisse sur la nécessité de former un gouvernement de transition à Damas, d’y inclure tout le monde, sauf l’Etat islamique, et d’organiser des élections libres, sous contrôle international. Même l’Iran, principal soutien militaire et financier du régime syrien, s’y est déclaré favorable mais cette très fragile unanimité se heurte à trois obstacles.

Le premier est que Russes et Iraniens veulent que Bachar al-Assad conserve tous ses pouvoirs durant cette période de transition ce qui est totalement inacceptable pour l’opposition car il serait alors en position de tout bloquer. Le deuxième obstacle est que, prise en étau, laminée, par l’Etat islamique et l’armée syrienne, l’opposition démocratique ne pèse plus guère sur le terrain et se fragmente en exil. Rien de tout cela ne facilite les choses mais le principal obstacle est qu’il est encore impossible de réunir une conférence internationale sur la Syrie, de trouver le cadre dans lequel mettre tous les problèmes sur la table, car plusieurs des protagonistes, notamment l’Iran et l’Arabie saoudite, refusent de siéger côte à côte. Formidablement complexe, la réalité est que la Syrie est aujourd’hui devenue le champ de bataille du conflit, autrement plus large, qui oppose les deux religions, chiite et sunnite, de l’islam sur la délimitation de leurs zones d’influence et, d’autre part, remodèle, de fait, les frontières régionales en dessinant de nouveaux pays, sunnite ou kurdes.

C’est dans ce contexte que François Hollande annoncera aujourd’hui que l’aviation française pourrait désormais frapper l’Etat islamique en Syrie et non plus seulement en Irak. Il le fera parce que les organisateurs d’attentats sur le sol français sont essentiellement basés en Syrie et que l’Etat islamique s’enracine tant dans ce pays qu’il est urgent de l’y endiguer, même au prix d’un renforcement du régime, mais ce n’est pas cet ajustement qui changera la donne.

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