L’empoisonnement de l’opposant russe Alexei Navalny provoque une crise internationale. Le très controversé gazoduc Russie-Allemagne Nord Stream 2, quasiment terminé, pourrait faire l’objet de sanctions contre Moscou.

Vladimir Poutine et Angela Merkel se connaissent bien, ici en des temps moins conflictuels, en 2017 au Sommet du G20 à Hambourg.
Vladimir Poutine et Angela Merkel se connaissent bien, ici en des temps moins conflictuels, en 2017 au Sommet du G20 à Hambourg. © AFP / SAUL LOEB / AFP

La tentative d’assassinat de l’opposant russe Alexei Navalny est en train de devenir un moment de vérité entre la Russie et l’Allemagne, et avec elle, l’Europe entière. Depuis qu’Angela Merkel en personne a révélé mercredi que Navalny avait été empoisonné à l’aide du Novichok, un produit considéré comme une arme chimique et donc interdit, c’est une véritable crise internationale qui s’est déclenchée.

Et le débat en Allemagne, où est hospitalisé Alexei Navalny, tourne désormais autour d’un projet très controversé avec la Russie : le gazoduc Nord-Stream-2. Cela fait bientôt une décennie que ce gazoduc, reliant directement la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique sur 1200 kilomètres, fait polémique. Ce projet à près de 10 milliards d’euros est pourtant quasiment terminé, 94% des tuyaux ont déjà été posés.

L’Allemagne, mais aussi la France et d’autres Européens, font planer la menace de nouvelles sanctions contre la Russie si Moscou n’apporte pas rapidement des réponses aux questions posées par l’inacceptable empoisonnement de Navalny. Le Nord Stream 2 pourrait en faire les frais.

Il y a plusieurs dimensions à cette affaire. La première tient au fait que des sanctions existent déjà contre la Russie, depuis l’annexion de la Crimée en 2014, et n’ont guère eu d’impact. Si de nouvelles sanctions doivent être imposées, le gazoduc est incontestablement une cible de choix, en raison de la place centrale des exportations d’énergie dans l’économie russe.

La seconde tient aux controverses qui entourent le Nord Stream 2 depuis le début. En Allemagne même, dans une partie de l’Europe, Pologne, États baltes…, et aux États-Unis, de nombreuses voix considèrent que ce gazoduc accentue la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie, ce qui n’est pas sain. Les Américains ont déjà imposé de premières sanctions fin 2019, et menacent l’Allemagne d’en prendre de nouvelles si le projet se poursuit.

Les conséquences d’un arrêt seraient multiples. Le premier juillet, Angela Merkel déclarait encore au Bundestag, le parlement allemand, que Nord Stream 2 devait aboutir. Ce serait donc pour elle un sérieux désaveu, d’autant que les principaux appels à l’arrêt proviennent désormais de son propre parti.

L’enjeu est aussi financier : des milliards d’euros sont en jeu, y compris pour des actionnaires minoritaires du projet comme le groupe énergétique français Engie.

Mais c’est surtout la relation politique avec la Russie qui sera « gelée » pour longtemps en cas d’arrêt de ce projet stratégique pour Moscou.

La France, qui a tenté d’amorcer l’an dernier un réchauffement avec Vladimir Poutine, semble résignée à cette détérioration. « C’est dans la main des Russes », disait hier le Ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur cette antenne

Mais entre l’affaire Navalny et le rôle de Moscou en Biélorussie, où la population reste très mobilisée comme on l’a vu hier, il y a peu de chances d’éviter l’escalade. Poutine n’a pas l’habitude de céder aux pressions.

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