Ce matin, direction la Thaïlande où une nouvelle constitution a été approuvée ce weekend par référendum...

Yingluck Shinawatra,  l'ancienne Première ministre de Thaïlande, dans un bureau de vote le 7 août 2016
Yingluck Shinawatra, l'ancienne Première ministre de Thaïlande, dans un bureau de vote le 7 août 2016 © AFP / ANUSAK LAOWILAS / NURPHOTO

Le genre de référendum – et de constitution - que l'on ne souhaite même pas à son pire ennemi : votée après 2 années de Junte militaire, écrite sous la dictée des militaires et, cela n'étonnera personne, donnant aux militaires des pouvoirs exceptionnels.

Un exemple : selon la nouvelle constitution, et pendant une « période spéciale » de 5 ans, tous les Sénateurs seront nommés par les militaires. Quant aux institutions de maintien de l'ordre, elles passent toute sous la férule militaire, dont la police.

En clair, la Thaïlande prend le chemin de l'Egypte, de l'Algérie, de Cuba ou encore du Vénézuela : c'est-à-dire des régimes d'apparence civils, avec des élections et des 1ers ministres ou des présidents mais dotés d'un Etat profond... profondément militaire.

Des militaires thaïlandais qui ont la main lourde : restriction des libertés publiques, exils de politiques, procès expéditifs pour « outrage au roi ». En clair, il est même étonnant que seulement 60% des Thaïlandais aient approuvé cette constitution scélérate.

Est-ce qu'au moins le pays s'en tire économiquement ?

Même pas ! Alors que le tourisme est en plein boom, la croissance du pays est particulièrement faiblarde, en comparaison de ses voisins qui battent record sur record. Or la Thaïlande et ses 67M d'habitants était habitué aux performances enviables.

Pourquoi cette déconfiture : tout bêtement parce que la junte a cessé de subventionner massivement l'agriculture et donc les paysans. Or, la Thaïlande ce ne sont pas seulement les lumières de Bangkok et les plages immaculées du sud.

Après tout, seulement 17% de la population vit dans le Grand Bangkok, l'essentiel de la population vit elle dans les campagnes rizicoles du nord et c'est elle qui avait nourri, avec les prix garantis du riz et les allocations nouvelles, l'envol de la consommation.

En clair, le pays va aussi mal que son roi...

C'est un peu ça ! Le vieux roi Rama IX, ou Bhumibol pour les intimes, qui règne interminablement sur le pays depuis juin 1946, c'est à dire depuis plus de 70 ans. Mieux que la reine d'Angleterre. Un vieux roi donc qui depuis plusieurs mois est invisible.

Il est en effet enfermé dans un chambre d'hôpital, probablement mourant, alors que son héritier sexagénaire passe des mois de vacances oisives en Bavière, où il a un manoir. Ca sent la fin de règne pitoyable et douloureuse.

La seule chose qui permette de relativiser ce morne portrait de la Thaïlande d'auj. est de la comparer avec les pays qui la borde : au Cambodge, le 1er ministre Hun Sen enchaîne les mandats depuis près de 18 ans, dans un bain de corruption.

Le Vietnam n'est jamais sorti de la férule du parti unique et communiste d'Ho Chi Min, un PC qui a largement compris les ressorts du l'enrichissement capitaliste et personnel. Il n'y a guère, au fond, que la Birmanie pour donner un peu d'espoir aux démocrates.

Aung San Suu Kyi, la fameuse dame de Rangoon, exerce aujourd'hui le pouvoir après avoir été honnêtement élue et les militaires, toujours puissants, ont accepté de rentrer petit-à-petit, dans leur casernes. C'est encore fragile, mais tout de même plein d'espoir.

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