Direction la Méditerranée pour vérifier si l'on peut vraiment parler de « migration de masse »...

Des migrants attendent d'être sauvés par les gardes-côtes italiens en Méditerranée, à 30 milles nautiques de la côte libyenne, le 6 août 2017.
Des migrants attendent d'être sauvés par les gardes-côtes italiens en Méditerranée, à 30 milles nautiques de la côte libyenne, le 6 août 2017. © AFP / Angelos Tzotzinis

Et le vérifier par les chiffres, par les faits, pas par le fantasme d'une « invasion » ou du « déferlement sur nos côtes d'une vague de migrants » venue du fin fond de l'Afrique. Vague sur laquelle comptait bien surfer le C-Star, ce bateau affrété par l'extrême droite.

Revenons-y quelques secondes sur ce vaisseau qui appartient à un trafiquant d'armes notoire. L'équipage voulait surveiller les ONG travaillant au secours en mer des migrants et éventuellement reconduire en Libye les esquifs chargés de candidats à la traversée.

Mais l'info s'est répandue dans tout le bassin méditerranéen et de Chypre, à l'Egypte en passant aujourd'hui par la Tunisie, tous ce sont donnés le mot pour entraver son périple raciste et nauséabond.

Hier ce sont les pêcheurs tunisiens qui se sont mobilisés. A l'appel du syndicat historique de la Tunisie résistance, l'UGTT, mais aussi par soucis de solidarité, eux qui au quotidien sauvent des dizaines de migrants à la dérive, les magnifiques pêcheurs tunisiens ont donc empêché le C-Star de mouiller dans leur ports.

Reste tout de même des milliers de migrants qui tentent le passage...

Et les milliers de morts qui vont avec. Plus de 2 500 se sont noyés en Méditerranée depuis le début de l'année. Mais, vous avez raison, revenons sur les chiffres précis de ce que certains appellent une « vague » ou une « déferlante » histoire d'alimenter la peur.

Depuis le début de l'année et jusqu'au 31 juillet, 113 614 migrants (réfugiés ou non) ont emprunté la route maritime pour rejoindre l'Europe. Sur ce total, l'immense majorité – un peu moins de 100 000 sont partis de Libye ou de Tunisie pour les côtes italiennes.

D'abord, ces chiffres sont en ligne avec ceux de l'année dernière. Donc il n'y a pas « d'explosion ». Ensuite, ils représentent une fraction de ceux de 2015. Cette année-là, c'est plus d'un million de migrants qui avait traversé la mer, par la Grèce cette fois.

Donc : il n'y a ni accélération, ni « raz de marée » ni surtout appel d'air : les flux sont imperturbablement identiques à l'année dernière et, surprise !, ils ont même été divisés par deux pour ce mois de juillet alors que les conditions météo sont au beau fixe.

Comment expliquez-vous cette chute du mois dernier ?

Vous avez raison, ces chiffres de juillet sont effectivement étonnant : en juillet 11 000 migrants ont tenté l'aventure contre 23 000 en juillet 2016. En fait, il y a plusieurs raisons à cette chute spectaculaire et encore très fragile.

La première, c'est la montée en puissance en Libye du général Haftar, un militaire à l'ancienne, aidé par les Egyptiens et les Saoudiens, avec une milice puissante qui s'apparente plus à une armée et qui contrôle de plus en plus de ports.

Le général Haftar veut devenir un interlocuteur incontournable pour les Occidentaux, il a été invité la mois dernier, souvenez-vous à l'Elysée, et il commence à montrer, en faisant la police sur ces territoires, à quel point il est indispensable à l'Europe.

Ensuite, il y a une seconde raison toute bête : les migrants restent en Libye pour y travailler. La Libye a toujours eu besoin de bras étrangers pour faire tourner son économie pétrolière qui justement redémarre et fixe donc une bonne partie d'entre eux.

Mais d'ailleurs, qui sont-ils ces migrants, quelles sont leur nationalité ?

On retrouve en Libye puis en Italie toute l'Afrique, Nigéria en tête. Les Nigérians sont un petit cinquième des arrivants, ce qui est en ligne avec le poids du Nigéria dans la population africaine et en ligne aussi avec le conflit larvé qui y règne.

Mais en 2è position, avant les Guinéens, les Ivoiriens ou les Gambiens, on trouve... des Bangladais du Bangladesh. Que viennent faire 8 000 Bangladais dans cette galère ? Eh bien, ils ont tout bêtement pris l'avion via Istanbul et Dubaï pour se retrouver à Tripoli !

Les voies de la migration sont décidément impénétrables !

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