Les sanctions réimposées par les Etats-Unis ont pour but de briser le régime iranien. C'était encore possible au siècle mais aujourd'hui, la Chine, l'Inde et l'Iran elle-même rebattent les cartes géopolitiques mondiales.

C'est le pari de Donald Trump et de son administration : mettre l'Iran à genoux et l'amener à la future table des négociations pieds et poings liés. Inutile de dire que ça n'arrivera pas : cela fait 40 ans que l'Iran vit sous embargo, depuis la révolution de 1979.

Donc les rodomontades du président américain n'impressionneront pas un régime qui a déjà dû affronter une guerre sanglante avec l'Irak, plusieurs révoltes intérieures et pas mal de barbouzeries en tout genre venues des Etats-Unis, d'Europe, d'Israël et j'en passe.

Elles les impressionneront d'autant moins que jamais, depuis 40 ans, l'Iran ne s'était retrouvé en position géopolitique si favorable. L'Irak lui a été livré sur un plateau d'argent à compter de 2003 et de l'invasion américaine.

Bashar el Assad est sur le point de remporter la sanglante guerre civile syrienne et il ne doit cette victoire qu'à Téhéran et accessoirement à la Russie. Le Hezbollah pro-iranien a fini sa mue au Liban : de milice chiite et partisane, il est devenu une vraie armée.

Un calcul américain est avant tout économique...

C'est vrai : l'idée est d'affamer et d'assoiffer le régime de Téhéran en le privant des dollars du pétrole et du gaz. Sauf qu'on n'est plus dans les années 80 siècle dernier. A l'époque, il n'y avait guère que l'Europe et les Etats-Unis comme clients sérieux.

Aujourd'hui, il y a la Chine et l'Inde, deux voisins de l'Iran en pleine croissance, deux énormes marchés solvables et, surtout, deux pays qui n'hésiteront pas à braver les sanctions américaines pour satisfaire leur fringale d'hydrocarbures. 

Si vous ajoutez le fait que l'Iran partage avec le Qatar une des toutes premières réserves au monde de gaz – dans le golfe persique - et qu'il est très facile de vendre du gaz iranien en le faisant passer pour qatari, le régime iranien peut tenir des décennies.

La population iranienne, talon d'Achille du régime ?

C'est l'autre calcul américain. Il part de l'idée vraie que la société iranienne est incroyablement sophistiquée et moderne. Urbanisation, niveau d'études, importance et raffinement de la classe moyenne : la société iranienne à peu à envier à l'Occident.

Hormis, bien sûr, un régime répressif et une économie qui peine à satisfaire les besoins. En clair, les Etats-Unis rêvent d'une révolte, voire d'une nouvelle révolution iranienne. Après tout ça s'est passé en 2009, avec le mouvement étudiant vert !

Et encore l'année dernière, avec des émeutes plus populaires dans des villes secondaires du pays. Ça peut donc se reproduire. Sauf que, comme disait Machiavel, il ne faut jamais attaquer un pays en révolution ou espérer en déclencher une de l'extérieur.

Les Saoudiens terrifiés par l'option républicaine iranienne

Exactement ! Les seuls à avoir parfaitement compris le danger sont les Saoudiens : leur haine du régime de Téhéran ne vient pas de l'explication paresseuse « sunnites contre chiites » mais du fait que l'Iran a renversé une monarchie et instauré une république.

Pire encore : une république islamique, alors que les Saoudiens considèrent que le terme « islamique » est une marque saoudienne déposée... par eux et pour eux ! Sans compter que l'Iran, c'est 80 millions d'Iraniens alors qu'il n'y a guère que 20 millions de Saoudiens.

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