Le 3e accord de paix dans l'histoire récente de ce pays martyrisé par la guerre civile sera-t-il le bon ? Plusieurs éléments - donc le gaz à exploiter dans le nord - permettent de la penser.

Le président Filipe Nyusi et Ossufo Momade, leader du RENAMO, ont signé un accord de cessez-le-feu le 6août 2019 à Maputo. Ils mettent fin à des années de conflits armées.
Le président Filipe Nyusi et Ossufo Momade, leader du RENAMO, ont signé un accord de cessez-le-feu le 6août 2019 à Maputo. Ils mettent fin à des années de conflits armées. © AFP / Stringer

Hier, un accord de paix a été signé au Mozambique et c'est en excellente nouvelle. C'est même la deuxième fois en moins d'un an qu'un accord de pays est signé en Afrique mettant fin a des dizaines d'années de conflits meurtriers mais surtout paralysant pour les peuples et économies : en mars dernier, c'était l'Ethiopie et l'Erythrée.

Cette fois-ci donc, entre le gouvernement mozambicain du président Filipe Nyusi, chef du parti au pouvoir, le Frelimo, et la Renamo, un parti d'opposition armée qui, depuis un demi-siècle, cherche à conquérir le pouvoir dans un des pays les plus pauvres d'Afrique.

C'est le 3e accord de pays qui a été signé hier, en présence de 4 chefs d'Etats africains : le premier n'était qu'un « pacte de non-agression » en 1984 ; le second, en 1992, était un vrai accord de paix et a d'ailleurs perduré 20 ans, jusqu'en 2013.

La 3e fois sera-t-elle la bonne ?

Personne ne peut l'assurer, même pas moi ! Mais, comment dire, cet accord là sent plutôt bon. D'une part, il est « fait maison », c'est-à-dire qu'il n'est pas imposé par les « parrains » internationaux, Afrique du Sud, mais a été longuement négocié sur place.

Ensuite, il prévoit un cadre politique qui, enfin, donne à la Renamo une chance d'exercer une parcelle de pouvoir. Jusqu'à présent, les accords de paix s'étaient fracassé sur l'hégémonie au niveau national du Frelimo. Cet accord prévoit une décentralisation.

La Renamo pense, en effet, avoir de meilleures chances en commençant par conquérir quelques provinces du pays. Encore faut-il que les gouverneurs élus de ces provinces aient du pouvoir. C'est désormais chose faite et, en plus, les élections c'est pour bientôt.

Des élections en octobre pour cimenter la paix

Ce sera le vrai test, même si la Renamo a déjà toute prête son habituelle réthorique de la fraude du pouvoir en place. Au Mozambique, comme ailleurs en Afrique. Mais il y a une autre raison qui permet d'avoir de l'espoir dans cet accord de paix :

Il y a la concurrence nouvelle d'un 3e acteur très encombrant : des djihadistes sont apparus dans le nord du pays qui, depuis 2017, ont mis à feu et à sang le nord du pays et ont fait plus de 250 victimes. Il fallait s'entendre contre cet ennemi commun.

D'autant que ces « djihadistes », qui jouent souvent à saute-frontières avec la Tanzanie voisine, sévissent pile dans la région où l'on a découvert du gaz il y a maintenant une dizaine d'années et où des méga-projets d'exploitation sont sur le point d'aboutir.

Encore et toujours les hydrocarbures...

C'est même la principale raison qui m'incite à penser que cet accord de paix est appelé à durer. Il y a dix ans, on découvrait au nord de ce pays d'Afrique australe les 9e réserves mondiales prouvées de gaz naturel. Et en plus, des réserves off-shore faciles d'accès !

En juin dernier, a été signé à Maputo, la capitale, le plus gros investissement jamais réalisé en Afrique subsaharienne : 22 milliards d'euros, deux fois le PIB du Mozambique et ce, pour exploiter au plus vite ce trésor gazier qui sera liquéfié sur place.

Et lorsqu'on parle d'argent, croyez-moi, Frelimo et Renamo sont dans le même bateau de la richesse et de la corruption à venir, ne soyons pas naïf.

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